‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 160 sur 341 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

feîre de fidëicommis (1), c'est-à-dire charger quelqu'un, en forme de prière , de remettre à un autre Thërëditë ou une partie de Thërëditë.

Lorsque le père n'instituoit ni exhërëdoit son fils, le testament ëtoit rompu; mais il ëtoit valable, quoiqu'il n'exhërëdât ni instituât sa fille. J'en vois la raison. Quand il n'instituoit ni exhërëdoit son fils, il faisoit tort à son petit-4ils, qui auroit succëdë ab intestat à son père ; mais, en n'instituant ni exhërëdant sa fille , il ne faisoit aucun tort aux enfans de sa fille , qui n'auroient point si^ccëdë ab intestai à leur mère (2) , parce qu'ils n'étoient hëritiers-siens ni agnats.

Les lois des premiers Romains sur les successions n'ayant pense qu'à suivre l'esprit du partage des terres, elles ne restreignirent pas assez les richesses des femmes, et elles laissèrent parlà une porte ouverte au luxe, qui est toujours insëparable de ces richesses. Entre la seconde et la troisième guerre punique, on commença à sentir le mal; on fit la loi Yoconienne (3). Et

(1) Atignste, par des raisons particulières, commeaça à autoriser les fidéicommis. (Instit. , Ut. II , tit. a5^ $1.)

(a) Àd liberoi matrU inteiiaim hereditas, ex lege xii tabtU* , n^ii pertinebat , quia fanninm iuo§ heredei non habcnt. ( Ulpveo , Fragmeos , tit. a6 , S 7* )

(3) Quintas Voconiiu, tribvn da peuple, la proposa. (Voyez Cicéron, seconde harangue contre Verres. G, tome 1", page 109.} IV. 16

2/^2 DE l'esprit DES LOIS.

comme de très-grandes considérations la firent faire, quHl ne nous en resie que peu de monu* mens, et qu'on n'en a jusqu'ici parle que d'une manière très-^confiise y je yais l'ëclaircir.

Cicëron nous en a conserve iin fi'agment qui défend dSnstituer une femme hëritière, soit qu'elle {ut mariée, soit qu'elle ne le fût pas (i).

Ue'pîtome de Tite-Live, où il est parlé de cette loi, n'en dit pas davantage (â). Il paroît, pat Cicérôn (5) , et par saint Augustin (4) , que la fille , et même la fille unique , étoient comprises dans la prohibition.

Caton l'ancien contribua de tout son pouvoir à faire recevoir cette loi (5). Aulu-Gelle cîte un fi^agment de la harangue qu'il fit dans cette oc-* casîon (6). En empêchant les femmes de succéder, il voulut prévenir les causes du luxe , comme, en prenant la défense de la loi Oppienne, il voulut arrêter le luxe même.

Dans l'Épitoûf e de Tite-Live , liv. XLI , il faut lire Voconius ad lieu de Volamnios.

(i) SanœiK,', ne ^uis heredem virgîHfim neve mutlerem fnceret. ( Gicéron , seconde harangtie contre Venrès. ) Jbid,

(h) LôgemtulH, ne quit heredem malierem htttiitferei ^ liv. XLI.

(3) Seconde harangne contre Verrè«.

(4) Livre III de la Cité de Bien.

(5) ÉpitomedeTite-LiTe^lÎT. KLI.

(6) LIT. XVII, cbap.Ti.

Page 1