‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 163 sur 341 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

» plusieurs jeunes gens , avec de très-graves per* » sounages ; et aucun ne fui d'avis qu^il donnât » plus à Fadia que ce qu'elle devoit avoir par la » loi Yoconienne. Sextilius eut là une grande » succession dont il n'auroit pas retenu un ses- »terce, sHl avait prëfërë ce qui ëloit juste et » honnête à ce qui ëtoit utile. Je puis croire, A ajoute-t-il, que vous auriei^ rendu Fliérëditë; » je puis croire même qu'Epicure Fauroit rendue : » mais vous n'auriez pas suivi vos principes. » Je ferai ici quelques rëflexions.

Cest un malheur de la condition humaine, que les législateurs soient obliges de iiadre désolais qui combattent les senlimens naturels mêmes : telle fut la loi Voconienjue, Cest que les législateurs statuent plus sur la sociéië que sur le citoyen, et sur le citoyen que sur Vhomme. La loi sacrifioit et le citoyen et Fhomme, et ne pensoit qu'à la république.Un homme prioit son ami de remettre sa succession à sa fiUe : la loi méprisoit dana le testateur les sentimens de la nature ; elle mëprisoit dans la fille la piëtë filiale ; elle n'avoit aucun ëgard pour celui qui ëtoit chargé de remettre rhërëditë, qui se trouvoit dans de terribles circonstances. La remettoit-il^ il ëtoit un mauvais citoyen; la gardoit~il, il ëtoit un malhonnête homme. Il n'y avoit que les gens d'un bon natu-

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rel qui pensassent à éluder la loi ; il n'y avoit que les honnêtes gens qu'on pût choisir pour l'éluder : car c'est toujours un triomphe a remporter sur ravarice et les voluptés, et il n'y a que les honnêtes gens qui obtiennent ces sortes de triomphes. Peut-être même y auroit-il de la rigueur à les regarder en cela comme de mauvais citoyens. Il n'est pas impossible que le législateur eût obtenu une grande partie de son objet, lorsque sa loi étoit telle qu'elle ne forçoit que les honnêtes gens a Téluder.

Dans le temps que l'on fit la loi Yoconienne , les mœurs avoient conservé quelque chose de leur ancienne pureté. On intéressa quelquefois la conscience publique en faveur de la loi , et l'on fit jurer qu'on l'observeroit (i); de sorte que la probité faisoit, pour ainsi dire, la guerre à la probité. Mais, dans les derniers temps, les mœurs se corrompirent au point que les fidéicommis durent avoir moins de force pour éluder la loi Yoconienne que cette loi n'en avoit pour se faire suivre.

Les guerres civiles firent périr un nombre infini de citoyens. Rome, sous Auguste, se trouva presque déserte ; il falloit la repeupler. On fit les

(0 Sextiliui disoit qo'il aToit juré de Tobsenrer. (Cicéron, définiktt$ kon.ti maL^ liv. IL)

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