‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 187 sur 341 · LIT. XXVIII, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIT. XXVIII, CHAP. XII

Il pouvoit même arriver qu'ili^ setvUsent de supplëment à une loi qui ti'ëtoît point territoriale; et, pour .toi vre le même exemple, si; dans un lieu où la loi salique étoit territorfate , un Bourguignon ëtoit juge par la loi des Bourguignons, et que le cas ne se trouvât pas dans le texte de cette loi , il ne &ut pas douter que Ton ne jugeât suivant la coutume' du lieu.*

Du temps du roi Pepîn , les coutumes qui s*ëtoient formées avoient moins de force que les lois : mais bientôt les coutumes détruisirent les lois; et, comme les nouveaux règlemens sont toujours des remèdes qui indiquent un mal présent, on peut croire que du temps de Pépin 'on commençoit déjà à préférer les coutumes aux lois.

Ce que j'ai dit explique comment le droit romain commença dès les premiers temps à devenir une loi territoriale , comme on le voit dans redit de Pistes, et comment la loi gotfae ne laissa pas d'y être encore en usage , comme il paroît par le synode de Troyes dont j'ai parlé (i). La loi romaine étoit devenue la loi personnelle générale , et la loi gothe la loi personnelle particulière ; et par conséquent la loi romaine étoit la loi territoriale. Mais comment l'ignorance fit-elle

(i) Voyez ci-dessuf le chapitre t.

tomber partout les lois personnelles des peuples barbares, tandis que le droit romain subsista, comme loi territoriale , dans les proyinces wisigothes et bourguignones? Je réponds que la loi romaine même eut à peu près le sort des autres lois personnelles : sans cela , nous aurions encore le code Thëodosien , dans les provinces où la loi romaine étoit loi territoriale, au lieu que nous y avons les lois de Justinien. Il ne resta presque à ces provinces que le nom de pays de droit romain ou de droit écrit, que cet amour que les peuples ont pour leur loi , surtout quand ils la regardent comme un privilège , et quelques dispositions du droit romain retenues pour lors dans la mémoire des hommes. Mais c^en fut assez pour produire cet effet que, quand la compilation de Justinien parut, elle fut reçue dans les provinces du domaine des Goths et des Bourguignons , comme loi écrite ; au lieu que dans Tancien domaine des Francs , elle ne le fiit que comme raison écrite.

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