‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 219 sur 341 · LIV. XXVIII, CHAP. XXVII. 33l · texte numérisé non relu

LIV. XXVIII, CHAP. XXVII. 33l

plus sage^ n y ëtoient ; c^est comme s^ii ayoit dit, dans la mélëe , qu'il ne secourroit pas son seigneur, parce qu'il n'aToit auprès de lui qu'une partie de ses hommes. Mais c'étoit au seigneur à £aiire honneur à sa cojir, et à prendre ses plus Taillans hommes et les plus sages. Je cite ceci , pour faiite sentir le deroir des vassaux , combattre et juger; et ce devoir étoit même tel, que juger c'ëtoit combattre.

Un seigneur qui plaidoit à sa cour contre son vassal (i) et qui y ëtoit condamne , pouvoit appeler un de ses hommes de faux jugement.Mais, -à cause du respect que celui-ci devoit a son seigneur pour la foi donnëe, et la bienveillance que le seigneur devoit k son vassal pour la foi reçue , on faisoit une distinction : ou, le seigneur disoit en général que le jugement ëtoit faux et mauvais (2), on il imputoit à son homme des prévarications personnelles (3). Dans le premier cas, il offensoit sa propre cour, et en quelque façon lui-même , et il ne pouvoit y avoir de gages de bataille : il y en avoit dans le secomd , parce

(1) Voyez BeaamaDoir , chAp. lzzvii , page 337.

(a) « Ghia jugement est fans et mauves. > Mon , cbapitre lxvii page 357.

(3) « Vous aves fet Jugement fans et mauves , comme maoves > que vous este, on par levier ou par pramesse. > Beaamanoir , chap. t.zvii , page 337. >

33â DE l'espbit des lois.

qu*il aUaquoit Thonneur de son vassal ; et celui des deux qui ëtoit vaincu perdoil la vie et les biens, pour maintenir la paix publique;

Cette distinction , nécessaire dans ce cas particulier, fut étendue. Beaumanoir dit que, lorsque celui qui appeloit de faux jugement attaquoit un des hommes par des imputations personnelles , il y avoit bataille ; mais que , s*i\ n'attaquoit que le jugement , il ëtoit libre à celui des pairs qui ëtoit appelé de faire juger FafiGaiire par bataille ou par droit (i). Mais, comme Tesprit qui régnoit du temps deJBeaumanoir ëtoit de restreindre Fusage du combat judiciaire, et que cette liberté donnée au pair appelé, de défendre parle combat le jugement, ou non , est également contraire aux idées de Thonneur établi dans ces temps-là , et à rengagement oti Ton ëtoit envers son seigneur de défendre sa cour, je crois que cette distinction de Beaumanoir ëtoit une jurisprudence nouvelle^ chez les Français.

Je ne dis pas que tous les appels de faux jugement se décidassent par bataille ; il en ëtoit de cet appel comme de tous les autres. On se souvient des exceptions dont j^ai parlé au chapitre XXY. Ici, cVtoit au tribunal suzerain à voir s^il falloit dter, ou non, les gages de bataille.

(i) Beaumanoir, chap. ulvii, pages 337 et 338.

Page 1