CHAPITRE XL
De quelle manière deux loid diverses peuvent être comparées.
Eîi France , la peine contre les faux témoins est capitale; en Angleterre, elle ne Test point. Pour juger laquelle de ces deux lois est la meilleure , il faut ajouter : en France , la question contre les criminels est pratiquée ; en Angleterre , elle ne Test point; et dire encore, en France, Taccusé ne produit point ses témoins , et il est très-rare qu^on j admette ce que Ton appelle les faits justificatifs ; en Angleterre , l'on reçoit les témoignages de part et d'autre. Les trois lois françaises forment un système très-lié et très-suivi; les trois lois an«glaises en forment un qui ne Test pas moins. La loi d'Angleterre , qui ne connoitpoint la question contre les criminels , n'a que peu d'espérance de tirer de l'accusé la confession de son crime; elle appelle donc de tous côtés les témoignages étrangers, et elle n'ose les décourager par la crainte
d^une peine capitale. La loi française , qui a une ressource de plus , ne craint pas tant d^intimider les témoins; au contraire , la raison demande qu^elle les intimide : elle n^ëcoute que les témoins d'une part (i); ce sont ceux que produit la partie publique; et le destin de Faccusë dépend de leur seul témoignage. Mais, en Angleterre y on reçoit les témoins des deux parts, etTafFaire est, pour ainsi dire, discutée entre eux. Le faux témoignage y peut donc être moins dangereux; Taccusé y a une ressource contre le faux témoignage, au lieu que la loi française n^en donne point. Ainsi, pour )uger lesquelles de ces loissont les plus conformes à la raison, il ne faut pas comparer chacune de ces lois à chacune ; il £iut les prendre toutes ensemble, et les comparer toutes ensemble.
(i) Par Tancienne jurûpradence française , les témoiiif étoîent oois des denz parts. Âassi voiNon dans les Établissemens de saint liOais, Ut. I^ chap. Tif , que la peine contre les fkox témoins en {vitice étoit pécnniaire.
LIV, XXIX, GHAP. XII. 4oi