‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 29 sur 341 · LIV. XXII, €HAP. XXII · texte numérisé non relu

LIV. XXII, €HAP. XXII

Le prêt à intërét ëUmt interdit par la loi Gabinienne entre les gen& des provinces et les citoyens romains y et ceux-ci ayant pour lors tout l^argent de Tunivers entre leurs mains, il fallut les tenter par de grosses usures qui fissent dis*' paroître, aux yeux de Favarice, le danger de perdre la dette. Et , comme il y avoit à Rome des gens puîssans , qui intimidoient les magistrats et feisoient taire les lois , ils furent plus hardis à prêter , et plus hardis à exiger de grosses usures. Cela fit que les provinces furent tour k tour ravagées par tous ceux qui avoient du crédit à Rome ; et , comme chaque gouverneur faisoit son ëdit en entrant dans sa province ( 1 ) , dans lequel il mettoit à Tusure le taux quMl lui plaisoit , IV varice prétoit* la main à la législation , et la législation à Tavarice,

11 faut que les affaires aillent ; et un état est perdu, si tout y est dans Tinaction.Ily avoitdes occasions où il falloit que les villes , les corps , les sociétés des villes , les particuliers , empruntassent ; et on n'avoit que trop besoin d^emprunter, ne fut-ce que pour subvenir aux ravages des

(1) L'édit de Gicéron la fixoit k un pour cent par mois , avec l'asuie de l'asnre au boat de l'an. Quant aax fermiers de la répnblîqae , il les engageoit k donner on délai k leurs débiteurs. Si ceux-ci ne payoient pas au temps fixé , il adjugeoit l'usure portée parle billet. Gicéron à Atticus, iiv. VI , lettre i.

6o JDE l' ESPRIT BES LOIS.

armëes , aux rapines des magistrats, aux concussions des gens d^affaires, et aux mauvais usages qui s^ëlabiissoient tous les jours ; car on ne fut jamais ni si riche , ni si pauvre. Le sënat , qui avoit la puissance exécutrice , donnoit par nécessité , souvent par faveur , la permission d'emprunter des citoyens romains, et faisoit là-dessus des sénatus-consultes. Mais ces sénatus-consultes mêmes étoient décrédités par la loi : ces sénatus-consultes ( i ) pouvoient donner occasion au. peuple de demander de nouvelles tables ; ce qui , augmentant le danger de la perte du capital , augmentoit encore Tusure. Je le dirai toujours , c'est la modération qui gouverne les hommes f et non pas les excès.

Celui-là paie moins , dit Ulpien (2) , qui paie plus tard. C'est ce principe qui conduisit les législateurs après la destruction de la république romaine.

(1] Voyez ce que dit Lacceius, lettre xxi à Atticai, liv. V. Il y eat même nn séoatas-consnlte ^aéral pour fixer l'asnre à un pour cent par mois. Voyez la même lettre.

(a) Leg. la, ff. dt verbor, signif.

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