‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 300 sur 341 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Que les rerres du partage des barbares ne payoient pas de tributs.

Des peuples simples, pauyres, libres, guerriers , pasteurs , qui vivoient sans industrie , et ne tenoient a leurs terres que par des cases de jonc (i), suivoientdes chefs pour faire du butin, et non pas pour payer ou lever des tributs. L^art de la maltôte est toujours invente après coup, et lorsque les hommes commencent à jouir de la fëlicité des autres arts.

Le tribut passager d^une cruche de vin par arpent (2), qui fut une des vexations de Chilpëric et de Frëde'gonde, ne concerna que les Romains. En effet , ce ne furent pas les Francs qui déchirèrent les rôles de ces taxes , mais les ecclésiastiques, qui dans ces temps-là étoient tous Romains (3). Ce tribut affligea principa-

(1) Voyez Grégoire de Toon,- Ut. II.

(a) Idem , IW. V.

(3) Gela paroU par toute l'histoire de Grégoire de Toun. Le même Grégoire demande à uo certaÎD Valfiliacus comment il avoit pu parveoir à la cléricatnre , loi qui étoit Lombard d'origine. Grégoire deToor>,UT. VIII.

44^ DE l'esprit des LOIS.

lement les kabitans des villes (i) : or, les villes étoient presque toutes habitées par des Romains.

Grégoire de Tours dit qu^un certain juge fut obligé, après la mort de Chilpéric, de se réfugier dans une église, pour avoir, sous le règne de ce prince, assujetti à des tributs des Francs qui, du temps de Childebert , étoient ingénus : Multos de Francis qui, tempore Childeberti régis, ingenui fuerant, publico tributo subegit (2). Les Francs qui n^étoient point serfs ne payoient donc point de tributs»

Il n^y a point de grammairien qui ne pâlisse en voyant comment ce passage a été interprété par M. Tabbé Dubos (3). Il remarque que, dans ces temps-là, les affranchis étoient aussi appelés ingénus. Sur cela, il interprète le mot latin tn^ genuiy par ces mots, affranchis de tributs; expression dont on peut se servir dans la langue française , comme on dit aff^ranchis de soins, affranchis de peines : m;^is dans» la langue latine , ingenui à tributisy libertini à tributis, manumissi tributorum , seroient des expressipns monstrueuses.

(1) Qum conditb anivenis urbibus per Galfiam conttitutis iummopert est adhibiia, (Vie de saint Aridios.)

(a) Lit. VU.

(3) Éublissemeat de U monarchie française» tome III ,chap. ut, page 5i5.

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