‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 305 sur 341 · LIV. XXX, CHAP. XIII · texte numérisé non relu

LIV. XXX, CHAP. XIII

Il étoit aise que la maltôte romaine tombât d^elle-méme dans la monarchie des Francs : c^ëtoit un art très-compliqué , et qui n^entroit ni dans les ide'es , ni dans le plan de ces peuplés aimples. Si les Tartares inondoient aujourd'hui TEurope , il faudroit bien des aflEaires pour leur faire entendre ce que c'est qu'un financier parmi nous.

L'auteur incertain de la vie de Louis-le-Débonnaire , parlant des comtes et autres officiers de la nation des Francs que Charlemagne établit eh Aquitaine, dit qu'il leur donna la garde de la firontière, le pouvoir militaire, et l'intendance des domaines qui appartenoient à la couronne ( i ). Cela faiii voir l'état des revenus du prince dans la seconde race. Le prince avoit gardé des doT maines qu'il faisoit valoir par ses esclaves. Mais les indictions, la capitation, et autres impdts levés du temps des empereurs sur la personne^ou les biens des hommes libres , avoient été changés en une obligation de garder la firontière , ou d'aller à la guerre.

On voit dans la même histoire (2) que Louisle-Débonnaire ayant été trouver son père en Allemagne, ce prince lui demanda comment il

(1) Dàni nackesne , tome II , page 287. (a) /6û/.,page 69.

ly. »9

45o DE l'esprit des lo^s.

pouvoit être si pauvre , lui qui étoit roi : que Louis lui répondit quMl uVtoit roi que de nom, et. que les seigneurs tenoient presque tous &es domaines : que Charlemagne , craignant que ce jeune prince ne perdit leur affection , sMl reprenoit luinméme ce qu'iraTôit ineonsidërëment donne, il envoya des commissaires pour rétablir les choses.

Les ëvéques écrivant à Louis , frère de Charlesle-ChauVe , lui disoient : « Ayez soin de vos terres, » afin que tous ne soyez pas obligé de voyager » sans cesse par les maisons des ecclésiastiques, »> et de fatiguer leurs serfs par dés voitures (i). >» Faites en sorte , disoient-ils encore , que vous » ayez de quoi vivre* et recevoir des ambassades. » Il est visible que les revenus des rois consistoient alors dans leurs domaines (a).

Page 1