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mëdiatement par )e roi ( i ) , ce. qui est contredit par une infinité de passages et d^autoritës qui nous font connoitre Tordre judiciaire de ces temps-lk(â).
Il est dit dans ce décret, fait dans une assem-* blëe de la nation , que si le juge trouve un yo-* leur fameux, il le fera lier pour être enroyë devant le roi, si c'est un Franc (i^rancus); mais si c'est unepersohne plusfoible (debitiorfiersoM)^ il sera pendu sur le lieu (3). Selon 'M. Tabbé Dubos, Franeu» est .un homme libre, debiliar persona est un serf. J'ignorerai , pour un moment, ce que peut signifier ici le mot Francm ; et je commencerai par examiner ce qu'on peut entendre par ces mots, une penonne plus faible. Je dis que , dans quelque langue que ce soit , tout comparatif suppose nécessairement trois termes, le plus grand,, le moindre , et le plus petit. S*il n'étoit ici question que des gommes libres et des serfs, on auproit dit un serf, et non pas un
(i) Établltsement de la monarchie françaite, tome III , Ut. TI, chap. iir , page Sog; et au chapitre «oivant, pafios $19 et 3ao.
(a) Voyexle lirre XXVIII de cet ouvrage, chap. jultiii ; et le livre XXXI , chap. tiii.
(5) Itaque eolonia canvenH et iia ^nivimut , ut imuêquUque Judêx wrtminotum latnmmn ut audUrU^ ad eoiom suam ambulet , et ipsum Ugare faciat : iia ut , si Franeut fuerU , ud nattrttm preBsmtiam diripdur; et, si debiliar pereonm fuerit^ in heo pemdtUtvr. (Gapitnlaire de l'édition de Baluie, tome I , page 19.)
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liomme de moindre puissance . Ainsi debilior persona ne signifie point ià un serf, mais une personne au-dessous de laquelle doit être le serf. Cela suppose, Francus ne signifiera pas un» homme libre j mais un homme puissant : et Franeus est pris ici dans cette acception, parce que parmi les Francs ëtoient toujours ceux qui avoient dans Tëtat une plus grande puissance, et qu^il étoit plus difficile au juge et au comte de corriger. Cette explication s'accorde avec un grand nombre de capitulaires qui donnent les cas dans lesquels les criminels pouvoient être renvoyës deyant le roi , et ceux où ils ne le pouvoient pas (i).
On trouve, dans la vie de Louis-le-Dëbonnaire, écrite par Tëgan (2), que les ëyéques furent les principaux auteurs de Fhumiliation de cet empereur , surtout ceux qui avoient été serfs, et ceux qui ëtoient nës parmi les barbares. Tëgan apostrophe ainsi Hëbon , que ce prince avoit tire dé la servitude , et avoit fait archevêque de Reims : « Quelle récompense Tempereur a-t-il » reçue de tant de bienfaits (3) ? Il t'a fait libre ,
(1) Vojes le livre XXVIIl de cet oavrage,chap. jcitiii; et le li?rc XXXI , chap. tiii.
(a) Chapitres zliii et uit.
(3) O qualmn rtmiaterdionitm rûddidliti ei ! Feeii U Uk^rum , mom nobilem , guod mpouibiU est poii libertmtem» Ibid.
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j» et non pas nobie ; il ne pouToit pas te fiiire » noble , aprè^ f aToir donne la liberté. »
Ce discours , qui prouve si formellement deux ordres de citoyens, n'embarrasse peint M. Tabbë Dubos. Il répond ainsi (i) : « Ce passage ne veut » point dire que Louis-le-Débonnaire n'eût pas » pu faire entrer Hébon ^ans Tordre des nobles. » Hébon , comme archevêque de Reims , eut été » du premier ordre, supérieur à celui de la no- » blesse. » Je laisse- au lecteur à décider si ce passage ne le veut point dire ; je lui laisse ji juger s'il est ici question d'une préséance du clergé sur la noblesse. « Ce passage prouve seulement , » continue M. l'abbé Dubos (2) , que les citoyens » nés libres étoient qualifiés de nobles-hommes : » dans l'usage du. monde, noble -homme, et » homme né libre, ont signifié long-^temps la »méme chose. >» Quoi! sur ce que, dans nos temps modernes, quelques bourgeois ont pris la qualité de nobles-hommes , un passage de la vie de Louis-le-Débonnaire s'appliquera à ces sortes de gens ! « Peut-élre aussi , ajoute-t-il encore (3) » qu'Hébon n'avoit point été esclave dans la na-
(1) ÉtabliMement de la iiioo«rchie fnnçaifc, tome III , iïw, VI . chap. !▼, page 3 16.
(3) Ihiii.
(5) Ibid.
5io DE l'esprit des lois.
» tion des Francs ^ mais dans la nation saxonne , » ou dans une autre nation germanique , où les » citoyens ëtoient divisés en plusieurs ordres. » Donc, à cause du peuP*être de M. l'abbë Dubos, il n*j aura point eu de noblesse dans la nation des Francs. Mais il n*a jamais plus mal appliqué de peut'-être. On vient de voir que Tëgan ( i) distingue les ëvéques qui avoient été opposes à Louis*le-Débonnaire, dont les uns avoient été serfs , et les autres ëtoient d'une nation barbare. Hébon ëtoit des premiers , et non pas des seconds. D'ailleurs je ne sais comment on peut (dire qu'un serf tel qu'Hëbon auroit ëtë Saxon ou Germain.: un serf n^a point de famille , ni par conséquent de nation. Louis-le-Dëbonnaire affranchit Hëbon; et, comme les serfs afiEranchis prenoient la -loi de Içur maître, Hëbon devint Franc, et non pas Saxon ou Germain.
Je viens d'attaquer; il faut que je me défende. On me dira que le corps des antrustions formoit bien dans l'ëtat un ordre distingue de celui àes hommes libres; mais que, comme les fiefs furent d'abord amovibles, et ensuite à vie, cela né pou-
(i) Omnt* epueopi moieêii fuerunt Ludavîeo^et maxime U^uat é iervill eondttione honaratos habebat , cum hi$ qui em barbitris nationibuê ad hoc fattigium pmdueti sunt. ( De gettii LadoTÎci pii , cap. XLiiiet xLiT.)
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voit pas former une noblesse d'orjgine, puisque les pre'rogatiyes n'ëtoient point attacbëes à un fief Wrëdilaîre. Cest cette objection qui a sans doute fait penser à M. de Valois qu41 n'y avoit qu'un seul ordre de citoyens- che? les Francs :^ sentiment que M. l'abbë Dubos a pris de lui , et qu'il a absolument gâte à force de mauvaises preuves. Quoi qu'il en soit, ce n'est point M. l'abbë Dubos qui auroit pu faire cette objection. Car , ayant donne trois ordres de noblesse romaine, et la qualité de convive du roi pour le premier, il n'auroit pas pu dire que ce titre marquât plus une noblesse d'origine que celui d'antrostion. Mais il &ut une réponse directe. Les antrustions ou fidèles n'ëtoient pas tels parce qu'ils avoient un fief, mais on leur donnoit un fief parce qu'ils ëtoient antrustions ou fidèles. On se ressouvient de ce que j'ai dit dans les premiers chapitres de ce livre : ils n'avoient pas pour lors, comme ils eurent dans la suite, ^ le même fief; mais s'ils n'avoient pas celui-là, "^Is en avoient un autre , et parce que les fiefs se donnoient à la naissance , et parce qu'ils se donnoient souvent dans les assemblées de la nation , et enfin parce que, comme il étoit de l'intérêt des nobles d'en avoir, il étoit aussi de Tintérêt du roi de leur en donner. Ces familles étoient distinguées par leur
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dignité de fidèles , et par la prérogative de pouvoir se recommander pour un fief. Je ferai voir dans le livre suivant (i) comment, par les circonstances des temps, il y eut des hommes libres qui furent admis à jouir de cette grande prérogative, et par conséquent à entrer dans Tordre de la noblesse. Cela n^étoit point ainsi du temps de Gontranet de Childebert, son neveu; et cela étoit ainsi du temps de Charlemagne. Mais quoique , dès le temps de ce prince , les hommes libres ne fussent pas incapables de posséder des fiefs, il paroît, par le passage de Tégan rapporté ci-dessus, que les serfs affranchis en étoient absolument exclus. M. Tabbé Dubos (2), qui va en Turquie pour nous donner une idée de ce qu^étoit Fancienne noblesse firançaise, nous dira-t-il qu^on se soit jamais plaint en Turquie de ce qu^on y élevoit aux honneurs et aux dignités des gens de basse naissance, comme on s^en plaignoit sous les règnes de Louis-le-Débonnaire et de Charks-le-Chauve ? On ne s'en plaignoit pas du temps de Charlemagne , parce que ce prince distingua toujours les anciennes familles d^avec les nouvelles; ce que Louis-le-
(1] Chapitre zuii.
(a) Hiitoire de rétablûsement de la monarchie française , t. III > lir. VI, chap. iv , page 3o9. •