‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 12 sur 92 · SEPTIÈME CHANT · texte numérisé non relu

SEPTIÈME CHANT

Nov$ quittâmes le» Ikuac consacrés à Bacclms; mais bieptôt poUs arâmes sentir que nos raaox n^avoient été que suspendus. Il est vrai que nou$ n^siriocis point cette fumnr qui nous aroit agites ; n^is la sombre tristesse avàif^ ssôsi noti e âme^ et nous éiâioqft déToréa àé soupçons et d^imquiétudes; » . ' - s.-

Il nonÊB sembloit que les cruelles décjsses ne nous a'Toient agités qo/c pour nous fenne pressenttir des malheurs auxquels nous étions destinés.

Quelquefois ^ nous regrettions le tesiple: de Bacchu» '/bientôt nous étion» enï^sAnés vers celiii de (xnide: nous voulions Tôir Thémire etCa^ mille, ces objets puissans de notfe amoûi^mde notre jaloosie. - .. . .; »

Mais nousn^avions aucmiie dettes douceurs ^e ji'on a coutume de sentir lorsque, sur le point de revoir ce qu'on aime , l'âme est déjà ravie , et semble goûter d^avance tout le bonheur qu'elle se promet.

Peut-être , dit Aristée , que je trouverai le berger Lycas avec Camille : que sais-je s'il ne lui

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parle pas dans ce moment ? O dieux ! Tinfidèle prend plaisir k Fentendre !

On disoit Tautre joor , repris-*je , que Thyrsis, qui a tant aime Tfaémire, devoit arriver à Gnide : il Fa aim^ , sans doute qu'il T^aime encore ; il faudra qne je dispute un cœur que je croyois tout à moi.

L^autre jour , Lycas chantoit ma Camijle : que j^^tois inseiisë ! j'^tois ravi de l'entendre louer.

Je me souviens que Thyrsis porta à ma Thë-^ mire des flenrs nouvelles : malheureux que • je suis ! elle les a mises sur son sein ! C'est un pr^*sent de Thyrsis, disoit-eHe.: Ah! j'aurois dû les arracher, et les fouler à mes pieds.

Il n'y a pas long-temps que j'allois avec Camille faire à .Yénu$ un sacrifice de deux tourterelles ; elles m'échappèrent et s'en>volèrentdatis les airs.

J'avoîs ëerit sur des arbres mon nom avec celui de Thëmire : j'avois 4^prit mes nmours ; je les fisois et relisois sans ce^se ; un matin , je» les trou^ vai effacées.

Camilie, ne d4^sespère poinfrnninalbeureuxqui t'aime : l'amour qu'on irrite peut avoir tous lei effets de la haine. • /'

Le premier Gnidien qui regardera ma Thëmirey je le poursuivrai jusque dans le temple; et je le punirai , fot-il aux pieds de ¥ë«m$.

Cependant nèûs arrivâmes près de l'emtre Sâ^

cré du la déesse rend ses oracles. Le peuple ëtoit comme les flots de lameiragitëe: ceux-ci venoiènt d'entendre , les autres allôient chercher leur réponse.

Nous entrâmes dans ila {ouïe ; je perdis Theureux Aristée : déjà il ay oit embrassé: sa Camille ; ejt moi je cherchois encore ma Thémire.

Je la trouvai enfin. Je sentis ma jalousie redoubler à sa vue, je sentis rensdtre mes premières fiireurs : nxais elle me regarda, et je devins trai^T quille. C'est ainsi que les dieux renvoient les Furies , lorsqu'elles $orteiit des eufers.

O dieux! me dit-elle^ que tu m'as coûté de larmes ! Trois fois le soleil a parcouru sa carrière ; je craignois de t'ayoir perdu pour jamais : cette parole me fait trembler. J'ai été consulter l'oracle. Je n'ai point demiandé si tu m'aimois ; hélas! je. ne youlois que savoir situ vivoîs encore : Yénus yieot de me répondre q^e tu m'aimes toujours.

f,; Excuse;, liai;diarî<e> un infortuné qui t'auroit haïe si son âme en était capa^ble. J^es dieux , dans les mains desquels je suis , peuvent me faire perjdtce la raison : des dieux , Thémire , ne peuvent pas m'ôter mon âmpur.

La cruelle jalousie m'a agité comme dans la tartare on tourmente les ombres crimiuelles:

DE GNIDS. Il3

j^en tire cet avantage , que je sens mieux le bonheur qu^il y a d'être aime de toi, après Taffreuse situation où m'a mis la crainte de te perdre.

Viens donc avec moi, viens dans ce bois solitaire :jl faut qu'à force d'aimer j^ expie les crimes que j'ai faits. C'est un grand crime , Thëmire , de te croire infidèle.

Jamais les bois de l'ël jsëe , que les dieux ont faits exprès pour la tranquillité des ombres qu^ls chërissent; jamais les forêts de Dodone, qui parlent atix humains de lettr fi^ititë future, ni les jardins des Hespërides , dont les arbres se courbent sous le poids de l'or qui compose leurs fruits , ne furent plus çharmans que ce bocage enchanté par la présence de Thémîre.

Je me souviens qu'un satyre , qui suivoit une nymphe qui fiiyoit tout éplorée , nous vit , et s'arrêta. Heureux amans! s'écria-t-il ; vos yeux savent s'entendre et se répondre ; vos soupirs sont payés par des soupirs : mais moi , je passe ma vie sur les traces d'une bergère farouche , malheureux pendant que je la poursuis , plus malhe,urjeux encore lorsque je l'ai atteinte.

Une jeune nymphe, seule dans ce bois, nous aperçut et soupira. Non , dit-elle , ce n'est que pour augmenter mes tourmens que le cruel amour me fait voir un amant si tendre.

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