‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 13 sur 92 · VII · texte numérisé non relu

VII

Il4 LE TEMPLE

Nous trouvâmes Apollon assis auprès d'uno fontaine : il avoit suivi Diane , qu^un daim timide avoit menée dans ces bois. Je le reconnus à ses blonds cheveux, et à la troupe immortelle qui étoit autour de lui. 11 accordoit sa lyre ; elle attire les rochers ; les arbres la suivent , les lions restent immobiles. Mais nous entrâmes plus avant dans les forêts , appelés en vain par cette divine harmonie.

Où croyez-vous que je trouvai Tamour? Je le trouvai sur les lèvres de Thémire ; je le trouvai ensuite sur son sein ; il s'étoit sauvé à ses pieds, je l'y trouvai encore; il se cacha sous ses genoux , je le suivis ; et je Faurois toujours suivi , si Thémire tout en pleurs , Thémire irritée ne m'eût arrêté. Il étoit à sa dernière retraite : elle est si charmante , qu'il ne sauroit la quitter. C'est ainsi qu'une tendre fauvette, que la crainte et l'amour retiennent sur ses petits , reste immobile sous la maiii avide qui s'approche , et ne peut consentir à les abandonner.

Malheureux que je suis ! Thémire écouta mes plaintes, et elle n'en fut point attendrie ; elle entendit mes prières , et elle devint plus sévère. Enfin je fus téméraire : elle s'indigna, je tremblai ; elle me parut fâchée , je pleurai ; elle me rebuta , je tombai , et je sentis que mes soupirs alloient

DE GNIDE. I l5

être mes derniers soupirs, si Thémîre n^avoit mis la main sur mon cœur , et n^ eût rappelé la vie.

Non , dit-elle , je ne suis pas si cruelle que toi; car je 'n'ai jamais voulu te feîre mourir, et tu veux m'entraîner dans la nuit du tombeau.

Ouvre ces yeux mourans si tu ne veux que les miens se ferment pour jamais.

Elle m'embrassa : je reçus ma grâce , hëlas ! sans espérance de devenir coupable.

Gomme la pièce suivante m*a paru être du même au' teur, j'ai cru devoir la traduire et la mettre ici.

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