‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 31 sur 92 · DE LA CONSIDERATION DE LA SITUATION MEILLEURE · texte numérisé non relu

DE LA CONSIDERATION DE LA SITUATION MEILLEURE

Dans la plupart des jeux folâtres, la source la plus commune de nos plaisirs vient de ce que ,

par de certains petits accidens , nous voyons quelqu^un dans un embarras ou nous ne sommes pas , comme si quelqu^un tombe , s'il ne peut

échapper, sMI ne peut suivre; de même,

dans les comédies, nous avons du plaisir de voir un homme dans une erreur où nous ne sommes pas.

Lorsque nous voyons &ire lioie chute à quelqu'un, nous nous persuadons quHl a plus de peur qu'il n'en doit avoir, et celai nous divertit ; de même , dans les comédies , nous prenons plaisir à voir ui^ homme plus embarrassé qu'il ne devroit l'être. Comme lorsqu^uin hovmie grave £siit quelque chose de ridicule , ou «e trouve dans une position que nous sentons n'être pas d'accord avec sa gravité , cela nous divertit ; de même , dans nos comédies^ quand un vieillard çst trompé, nous avons du plaisir à voir que sa-prudence et son expérience sont les dupes de ^on amour et, de son avarice.

Mais lorsqu'un enfant tombe , au lieu d'en rire , nous en avons pitié , parce que ce n'est pas proprement sa faute , mais celle de sa foiblesse ; de même lorsqu'un jeune homme, aveuglé par sa passion, a fait la folie d'épouser une personne qu'il aime , .et en est puni par son père , nous sommes affligés de le voir devenir mal-

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heureux pour avoir suivi un penchant naturel , et avoir plié à la foiblesse de la condition humaine.

Enfin comme , lorsqu'une femme tombe , toutes les circonstances qui peuvent augmenter son embarras augmentent notre plaisir ; de même , dans les comédies nous nous divertissons de tout ce qui peut augmenter Tembarras de certains personnages.

Tous ces plaisirs sont fondés , ou sur notre malignité naturelle , ou sur Taversion que nous donne pour de certains personnages Fintérét que nous prenons pour d'autres.

Le grand art de la comédie consiste donc à bien ménager et cette affection et cette aversion, de façon qiié nous ne nous démentions pas d'un bout de la pièce à l'autre , et que nous n'ayons point du dégoût ou du regret d'avoir aimé ou haï. Car on ne peut guère souffrir qu'un caractère odieux devienne intéressant que lorsqu'il y a raison pour cela dans le caractère même , et qu'il s'agit de quelque grande action qui nous surprend , et qui peut servir au dénouement de la pièce.

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