‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 32 sur 92 · PLAISIR CAUSE PAR LES JEUX, CHUTES, CONTRASTES · texte numérisé non relu

PLAISIR CAUSE PAR LES JEUX, CHUTES, CONTRASTES

Comme dans le jeu de piquet nous avons le plaisir de dëméler ce que nous ne connoissons pas par ce que nous connoissons , et que la beauté de ce jeu consiste à paroître nous montrer tout et cependant nous cacher beaucoup , ce qui excite notre curiositë ; ainsi, dans les pièces de théâtre , notre âme est piquée de curiositë , parce qu^on lui montre de certaines choses et qu^on lui en cache d^autres ; elle tombe dans la surprise , parce qu^elle croyoit que les choses qu^on lui cache arriveroientd^une certaine £aiçon, qu'elles arrivent dWe autre , et qu'elle a fiaiit, pour ainsi dire , de fausses prédictions sur ce qu'elle a vu.

Comme le plaisir du jeu de Phombre consiste dans une certaine suspension mêlée de curiosité des trois événemens qui peuvent arriver, la partie pouvant être gagnée , remise , ou perdue codille ; ainsi , dans nos pièces de théâtre , nous sommes tellement suspendus et incertains , que nous ne savons ce qui arrivera ; et tel est l'effet de notre imagination, que lorsque nous avons vu la pièce mille fois, si elle est belle , notre suspension et, si je l'ose dire , notre ignorance restent encore ; car pour lors nous sommes si fort touchés de ce

que nous entendons actuellement, que nous ne sentons plus que ce qu^on nous dit : et ce qui paroît devoir suivre de ce qu'on nous dit, ce que nous connoissons d'ailleurs , et seulement par mémoire, ne nous fait plus aucune impression.

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