‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 4 sur 92 · ET I2»M£KI · texte numérisé non relu

ET I2»M£KI

Arsace vola, el les soumit. Il fit assembler la nation, et parla ainsi :

« Je sais que tous souffrez impatiemment la » domination des Bactriens ; je n^en suis point «surpris. Vous aimez tos anciens rois, qui tous » ont combles de bienfaits. C^est à moi à faire en » sorte , par ma modération et par ma justice , que »TOus me regardiez comme le Trai successeur d« » ceux que tous arez tant aimes. »

Il fit Tenir les deux chefs les plus dangereux de la rëTolte , et dît au peuple :

« Je les fais mener dcTant tous pour que tous » les jugiez Tous-mémes. »

Chacun , en les condamnant , chercha à se justifier. •

« Connoissez , leur dit-il , le bonheur que Vous » avez de TiTre sous un roi qui n'a point de pas- » sioii lorsqu'il pimit, et qui n'en met que quand » il récompense ; qui croit que la gloire de Taincre » n'est que l'effet du sort , et qu'il ne tient que de » lui-même celle de pardonner.

» Vous TiTtez heureux sons mon empire , et »TOus garderez tos usages et tôs lois. Oubliez »que je tous ai Taincus par les ari^^s, et ne le «soyez que par mon affection. »

Toute la nation Tint rendre grâce à Arsace de

sa clémence et de la paix. Des vieillards portoient la parole. Le premier parla ainsi :

« Je crois voir ces grands arbres qui font Tor- » nement de notre contrée. Tu en es la tige , et » nous en sommes les feuilles ; elles couvriront ». les racines des ardeura du soleil. »

Le second lui dit : .

« Tu avois à demander aux dieux que nos mon- » tagnes s'abaissassent pour qu'elles ne pussent » pas nous défendre contre toi. Demande-leur » aujourd'hui qu*elles s'élèvent jusques aux nues » pour qu'elles puissent mieux te défendre contre » tes ennemis. »

Le troisième dit ensuite :

« Regarde le fleuve qui traverse notre contrée ; » là où il est impétueux et rapide , après avoir » tout renversé , il se dissipe et se divise au point » que les femmes le traversent à pied. Mais si tu » le regardes dans les lieux où il est doux et tran- » quille , il grossit lentement ses eaux , il est » respecté des nations , et il arrête les armées. »

Depuis ce temps ces peuples furent les plus fidèles sujets de la Bactriane.

Cependant le roi de Médie apprit qu'Arsace régnoit dans la Bactriane. Le souvenir de l'affiront qu'il avoit reçu se réveilla dans son cœur.

I] avoit résolu de lui faire la guerre. Il demanda le secours du roi d^Hircanie.

«Joignez-vous à fnoi, lui ëcrivil-il, poursui- «vons une vengeance commune. Le ciel vous » destinoit la reine de Bactriane ; un de mes sujets » vous l'a ravie : venez la conquérir. » Le roi d^Hircanie lui fit cette réponse : «Je serois aujourd'hui en servitude chez les » Bactriens , si je n'avois trouvé des ennemis gé- »néreux. Je rends grâces au ciel de ce qu'il a » voulu que mon règne commençât par des mal- , » heurs. L'adversité est notre mère ; la prospérité » n'est que notre marâtre. Vous rae proposez des » querelles qui ne sont pas celles des rois. Lais- »sons jouir le roi et la reine de Bactriane du » honheur de se plaire et de s'aimer. »

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