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et il se fait un cahotement qui fait perdre la tête.
Les jeunes seigneurs anglais sont divisés en deux classes : les uns savent beaucoup, parce quHls ont été long-temps dans les universités ; ce qui leur a donné un air gêné avec une mauvaise honte. Les autres ne savent absolument rien, et eeuK-là ne sont rien moins que honteux , et ce sont les petits-maîtres de la nation. En général les Anglais sont modestes.
Le 5 octobre lySo (n. s. ) (i) , je fus présenté au prince , au roi et à la reine , à Kensington. La reine, après m' avoir parlé de mes voyages, parla du théâtre anglais ; elle demanda à milord Chesterfield d'où vient que Shakespeare , qui vivoit du temps de la reine Elisabeth , avoit si mal fait parler les femmes et les avoit fait si sottes. Milord Chesterfield répondit fort bien que , dans ce temps-là , les femmes ne paroissoient pas sur le théâtre, et que c'étoit de mauvais acteurs qui jouoient ces rôles, ce qui faisoit que Shakespeare ne prenoit pas tant de peine à les faire bien par* 1er. J'en dirois une autre raison ; c'est que pour
(i) Nouveau style.
SUR L^AMGIETERRE. 55g
faire parler les femmes , il faut avoir Tusage du monde et des bienséances. Pour faire bien parier les héros , il ne faut qu^avoir Fusage des livres. La reine me demanda sMl n^étoit pas vrai que , parmi nous , Corneille fut plus estimé que Racine? Je lui répondis que l^on regardoit ordinairement Corneille comme un plus grand esprit, et Racine >comme un plus grand auteur.
Il me semble que Paris est une belle ville où il y a dejs choses plus laides ^ Londres une vilaine ville où il y a de très-belles choses.
A Londres, liberté et égalité. La liberté de Londres est la liberté des honnêtes gens , en quoi elle dififère de celle de Venise , qui est la liberté de vivre obscurément et avec des p.... et de les épouser : l'égalité de Londres est aussi Pégalité des honnêtes gens, en quoi elle diffère de la liberté de Hollande , qui est la liberté de la canaille.
Le Craftsman ( i ) est fait par Bolingbroke et parM. Pulteney. On le fait conseiller (2) par trois
(1) Le Craftsman étoît un journal ; craftsman signifie artisan, (a) Conseitier est U pour examiner.
54o NOTES
avocats ayant de rimprimer , pour savoir s'il j a quelque chose qui blesse la loi.
C^est une chose lamentable que les plaintes des étrangers , surtout des Français qui sont à Londres. Us disent quHls ne peuvent y faire un ami ; que , plus ils y restent , moins ils en ont ; que leurs politesses sont reçues comme des injures. Kinski , les Broglie , La Villette , qui appeloit à Paris milord Essex son fils , qui donnoit de petits remèdes à tout le monde , et demandoit à toutes les femmes des nouvelles de leur santë ; ces gens-là veulent que les Anglais soient faits comme eux : comment les Anglais aimeroientils les étrangers ? ils ne s'aiment pas eux-mêmes. Comment nous donneroient-ils à dîner? ils ne se donnent pas à dîner entre eux. « Mais on vient » dans un pays pour y être aimé et honore. » Cela n'est pas une chose nécessaire ; il faut donc feîre comme eux, vivre pour soi, comme eux, ne se soucier de personne , n'aimer personne , et ne compter sur personne. Enfin il faut prendre les pays comme ils sont : quand je suis en France , je fais amitié avec tout le monde ; en Angleterre, je n'en fais à personne ; en Italie , je fais des com-
SDR L^ANGLETERRE. 3^1
plimens à tout le monde; en Allemagne, je bois avec tout le monde.
On dit : En Angleterre , on ne me fait point amitié. Ëst-jl nécessaire que Ton vous fasse des amitiés ?
11 faut à TAnglais un bon dîner , une fille , de Faisance ; comme il n^e^t pas répandu , et qu'il est borné à cela, dès que sa fortune se délabre, et qu'il ne peut plus avoir cela , il se tue ou se fait voleur.
Ce i5 mars (v. s. ) (i). Il n'y a guère de jour que quelqu'un ne perde le respect au roi d'Angleterre. Il y a quelques jours que milady Bell Molineux, maîtresse fille, envoya arracher dés arbres d'une petite pièce de terre que la reine avoit achetée pour Kensington, et lui fit procès, sans avoir jamais voulu, sous quelque prétexte , s'accommoder avec elle, et fit attendre le secrétaire de la reine trois heures , lequel lui venoit dire que la reine n' avoit pas cru qu'elle eût un droit de propriété seigneuriale sur cette
(i) Vieux style.
pièce , Tauûre l'ayânl pour trois yies , mais avec défense de la vendre.
U me semble que la plupart des princes sont plus honnêtes gens que nous, parce qu^ils ont plus à perdre de leur réputation, étant regardés.
La corruption s^est mise dans toutes les conditions. U y a trente ans qu^on n^entendoit pas parler d'un voleur dans Londres ; à présent il n'y a que cela. Le livre de Whiston contre les miracles du Sauveur , qui est lu du peuple , ne réformera pas les mœurs. Mais, comme on veut que Ton écrive contre les ministres d'état , on veut laisser la liberté de la presse.
t^our les ministres , ils n'ont point de projet fixe. A chaque jour suffit sa peine. Ils gouvernent jour par jour.
t)u reste , une grande liberté extérieure. Milady Denham étant masquée , dit au roi : « A pro- » pos , quand viendra donc le prince de Galles ? » Est-ce qu'on craint de le montrer? Seroit-il » aussi sot que son père et son grand-père? » Le roi sut qui elle étoit , parce qu'il voulut le savoir de sa compagnie. Depuis ce temps, quand
elle alloit à la cour, elle ëtoit pâle comme la mort.
L'argent est ici souverainement estime ; l'honneur et la vertu peu.
On ne sauroit envoyer ici des gens qui aient trop d'esprit. On se trompera toujours sans cela avec le peuple , et on ne le connoîtra point. Si on se livre à un parti, on y tient. Or, il y a cent millions de petits partis, comme dit passions. D'Hiberville , qui ne voyoit que des jacobites, se laissa entraîner à faire croire à la cour de France qu'on pourroît faire un parlement tory : il fut wigh , après beaucoup d'argent jete' , et cela fut cause, dit-*on, de sa disgrâce. Les ministres de mon temps ne conn6li^oiént pas plus l'Angle-^ terre qu'un enfant de six mois. Kinski se trompoît toujours sur les mémoires de Torys. Comme on voit le diable dans les papiers périodiques , on croît que le peuple va se révolter demain ; mais il faut seulement se mettre dans l'esprit qu'en Angleterre, comme ailleurs, le peuple est mécontent des ministres , et que le peuple y écrit ce que l'on pense ailleurs^
Jeregarde le roi d^ Angleterre comme unhomme qui a une belle femme , cent domestiques , de beaux équipages, une bonne table; on le croit heureux. Tout cela est au dehors. Quand tout le monde est retiré , que la porte est fermée , il faut qu'il se querelle avec sa femme , avec ses dômes* tiques, qu'il jure contre son maître d'hôtel; il n'est plus si heureux.
Quand je vais dans un pays^ je n^examine pas s'il y a de bonnes lois , mais si on exécute celles qui y sont , car il y a de bonnes lois partout.
Gomme les Anglais ont de l'esprit, sitôt qu'un ministre étranger en a peu , ils le méprisent d'abord , et soudain son affaire est faite y car ils ne reviennent pas du mépris*
Le roi a un droit sur les papiers qui courent, et qui sont au nombre d'une cinquantaine , de façon qu'il est payé pour les injures qu'on lui dit.
Comme on ne s'aime point ici à force de craindre d'êl^re dupe , on devient dur.
Un couvreur se Ëiit apporter la gazette sur les toits pour la lire.
Hier , a8 janvier 1 730 (v. s. ) , M. Chipin parla dans la chambre des communes au sujet des troupes nationales; il dit qu^il n^y ayoit qu^un tyran ou un usurpateur qui eût besoin de troupies pour se maintenir , et qu'ainsi cVtoit des moyens que le droit incontestable de S. M. ne pouvoit pas exiger. Sur les mots de tyran et d'usurpateur, toute la chambre fut étonnée , et lui les répéta une seconde fois ; il dit ensuite qu'il n'aimoit pas les maximes hanovriennes... Cela étoit si vif que la chambre eut peur de quelque débat, de façon que tout le monde cria aux voix , afin d'arrêter le débat.
Lorsque le roi de Prusse voulut faire la guerre à Hanovre, on demanda pourquoi le roi de Prusse avoit soudain assemblé ses troupes avant d'avoir demandé satisfaction. Le roi de Prusse répondoit qu'il l'avoit fait demander. deux, ou trois, fois , mais que le sieur de Reichtembach, son* ministre , avoit toujours été rabroué et non écouté parle sieur Débouche , premier ministre , lequel avoit de l'aversion pour la couleur bleue. Or, il se trouva que lenplus riche habit de Reichtembach , que je lui ai vu , étoit bleu ; ce qui faisoit que ledit ministre ne piouvoit avoir un moment d'audience.