‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 56 sur 92 · NOT£S · texte numérisé non relu

NOT£S

U y a des membres écossais qui n'ont que deux cents libres sterling pour leur Toix et la Tendent à ce prix-

Les Anglais ne sont plus dignes de leur liberté . Ils la Tendent au roi; et si le roi la leur redonnoit, ils la lui Tendroient encore.

Un ministre ne songe qu'à triompher de son adTcrsaire dans la chambre basse ; etpourru qu'il en Tienne à bout, il Tcndroit l'Angleterre et toutes les puissances du monde.

Ungentilhcmmie nommé , qui a qukœ écus

sterling de rente , aToit donné , à plusieurs temps, cent guinées , une guinée à lui en rendre dix , lorsqu'il joueroit sur le théâtre. Jouer une pièce pour attraper, mille guinées , et cette action infime n'est pas regardée aTcc horreur! Il me semble qu'il se fait bien des actions extraordinaires en Angleterre; mais elles se font toutes pour aToir de l'argent. Il n'y a pas seulement d'honneur et de Tertu ici; mais il n'y en a pas seulement d'idée; les actions extraordinaires en France^ c'est pour dépenser de l'argent ; ici c'est pour en acquérir.

Je ne juge pas de F Angleterre par ces hommes; mais je juge de FAngleterre par l'appit)I>at{on qu'elle leur donne ; et si ces. hommes y étoienC regardés comme ils le seroient en France , ils n'auroient jamais ose cela.

J'ai ouï dire à d'habiles gens que l'Angleterre , dans le temps où elle Jait des efforts , n'est ca^ pahle I sans se ruiner, de porter que cinq millions sterling de taxe ; mais à présent , en temps de paix-, elle en paie^ix.

J'allai avant-hier au parlement à la chambre basse ; on y traita de l'hffaire de Dunkerque. Je n'ai jamais tu un si grand feu. La séancfe dura depuis une heure après midi jusqu'à trois heures après minuit. Là, les Français furent bien mal menés ; je remarquai juaqu'où ya l'afifreusie jalousie qui est entre, les deux nations. M. Walpole attaqua BolinglM'oke de la façon la plus cruelle, et disoit qu'il avoit mené tou^ cette intrigue. Le chevalier Windham le défendit. M. Walpole ra-* CDnta en faveur de Bolingbroke l'histoire du, pay san qui , passant avec sa femme sous un arbre , trouva qu'uu' ho<mme pendu rcspiroit encore. U

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le dëtacfaa et le porta chez lui ; il revint. Ils trouvèrent le lendemain que cet homme leur avoit vole leurs fourchettes ; ils dirent : Il ne faut pas s'opposer au cours de la justice.: il le faiit rapporter où nous Pavons pris.

C'étôit de tout temps la coutume.que les communes envoyoient deux bills aux seigneurs : l'un contre les mutins et les déserteurs , que les seigneurs passoient toujours ; l'autre contre la corruption, qu'ils rejetoient toujours. Bans la dernière séance , milord Thousand dit : Pourquoi nous chargeons-nous toujours de cette haine publique de rejeter toujours le bill ? il faiit augmenter les peines , et faire le bill de manière que les communes le rejettent elles-mêmes : de façon que , par ces belles idées, les seigneurs aug* mentèrent la peine tant contre le corrupteur que le corrompu. Dix à cinq cents mirent que ce seroit les juges ordinaires qui jugeroient les élections , et non la chambre ; qu'on suivroit toujours le dernier préjugé dans chaque cour. Mais les communes , qui sentoient peut-être l'artifice ou voulurent s'en prévaloir, le passèrent aussi, et la cour fut contrainte de faire de même. Depuis ce temps , la cour a perdu , dans les nouvelles

élections qui qnt ëtë faites, plusieurs membres, lesquels ont été choisis parmi les gros propriétaires de fonds de terres ; et il sera difficile de faire un nouveau parlement au gré de la cour 4 de façon que Ton yoit que le plus corrompu des parlemens est celui qui a le plus assuré la liberté publique.

Ce bill est miraculeux, car il a passé contre la volonté des communes, des pairs et du roi.

Autrefois le roi avôit en Angleterre le quart, des biens , les seigneurs un autre quart, le clergé un autre quart ; ce qui faisoit que , les seigneurs et le clergé se joignant, le roi étoit toujours battu. Henri VII permit aux seigneurs d'aliéner, et le peuple acquit ; ce qui éleva les communes. Il me semble que le peuple a eu, sous Henri VII, les biens de la noblesse; et, sous Henri VIII, la noblesse a eu les biens du clergé. Le clergé , sous le ministère de la reine Anne, a repris des forces , et il s'enrichit tous les ans de beaucoup. Le ministère anglais qui vouloit avoir le clergé , obtint de la piété de la reine Anne qu'elle lui laisseroit de certains biens royaux , comme la première année du revenu de chaque évêché , et quelque autre chose , montant à quatorze mille livres ster-

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ling par an , pour suppléer aux pauyres bénéfices , avec cette clause que les ecclésiastiques y ont fait mettre :que tout bénéficier qui demanderoit Inapplication de partie de cette somiûe , seroit obligé d'en mettre autant de son bien pour augmenter le revenu du bénéfice ; et de plus , il a passé qu'on pourroît donner à l'église , même pas testament ; ce qui a abrogé l'ancienne loi , et feit que le clergé ne laisse pas de s'enrichir, malgré le peu de religion de l'Angleterre. Le ministère wigh n'auroit pas fait cela ; mais il n'a pas osé le changer , car il a toujours besoin du clergé.

Je crois qu'il est de l'intérêt de la France de maintenir le roi en Angleterre, car une république seroit bien plus &tale : elle agiroît par toutes ses forces, au lieu qu'avec un roi elle agît avec des forces divisées. Cependant les choses ne peuvent pas rester long-temps comme cela.

Là où est le bien , est le pouvoir; la noblesse et le clergé avoient autrefois le bien, ils l'ont perdu de deux manières : i"" par l'augmentation des livres au marc ( le marc de trois livres, sous saint Louis, étant peu à peu parvenu à 49? ou il esta

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pré^nt); ^^ par la découverte .de» Indes , qui a rendu Targent très-commun, ce qui fait quejes rentes de^ seigneurs étant presque toutes enar* gent, ont péri. Le roi a surchargé les communes à proportion de ce que Ip seigneurs ont perdu sur elles ; et le roi est parvenu à être un prince redoutable à ses voisins^ avec une noblesse qui n^avoit plus d^autres ressources que de servir , et des roturiers quHl a fait payer à sa fantaisie : les Anglais sont la cause de notre servitude.

Il y a dans cet ouvrage ( i ) un défaut qui me semble celui du génie de la nation pour laquelle il a été fait, qui est moins occupée de sa prospérité que de son envie de la prospérité des autres ; ce qui est son esprit dominant , comme toutes les lois d'Angleterre sur le commerce et la navigation le font assez voir.

Je ne sais pas ce qui arrivera de tant d^habi-» tans que Ton envoie d'Europe et d'Afrique dans les Indes occidentales ; mais je crois que si quelque nation est abandonnée de ses colonies, cela commencera par la nation anglaise.

(a) Od ne sait de quel ooYrage Moiit«sqfii«u veut p«ri«r.

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Il n^est «point «de mot anglais pour exprimer valet de chambre ^ parce quHls n^en ont point , et point de différence de masculin et dé féminin. Au lieu que Ton dit en France , manger son bien ; le peuple dît en Angl^perre , manger et boire son bien.

Les Anglais vous font peu de politesses , mais jamais d'impolitesses.

Les femmes y sont réservées , parce que les Anglais les voient peu ; elles sHmaginent qu^un étranger qui "leur parle veut les chevaucher. Je ne veux points disent-elles, g eve to htm encouragement (i).

Point de religion en Angleterre ; quatre ou cinq de la chambre des communes vont à la messe ou au sermon de la chambre , excepté dans les grandes occasions où Ton arrive de bonne heure. Si quelqu'un parle de religion, tout le monde se met à rire. Un homme ayant dit de mon temps, je crois cela comme article de foi, tout le monde se mit à rire. Il y a un comité pour considérer

(i) Leur donnev encouragement.

l'état de la religion ; cela est regardé comme ridicule.

L'Angleterre est à présent le plus libre pays qui soit au monde, je n'en excepte aucune république ; j^appelle libre , parce que le prince n'a le pouvoir de faire aucun tort imaginable à qui que ce soit, par la raison que son pouvoir est contrôlé et borné par un acte ; mais si la chambre basse devenoit maîtresse , son pouvoir seroit illimité et dangereux^ parce qu'elle auroit en même temps la puissance executive ; au lieu qu'à présent le pouvoir illimité est dans le parlement et le roi, et la puissance executive dans le roi, dont le pouvoir est borné.

Il faut donc qu'un bon Anglais cherche à défendre la liberté également contre les attentats de la couronne et ceux de la chambre.

Quand un homme en Angleterre auroit autant d'ennemis qu'il a de cheveux sur la tête , il ne lui en arriveroit rien : c'est beaucoup , car la santé de l'âme est aussi nécessaire que celle du corps.

vu.

354 NOT9S SVH |«'a|IG)[«£T1»RE.

I«or»qtt'oQ 9aisû le cordon bleu de M* de Broglie , un homme dît : « Voyez cette nation , ils » ont chassé le Père , renié le Fils , et confisqué '> le Saint-Esprit. »

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