‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 65 sur 92 · VII · texte numérisé non relu

VII

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frère. M. Campagne m^a écrit le beau présent que vous lui aviez remis pour moi , dont je vous suis infiniment obligé. M. Baritaut m^avoit déjà fait lire une partie de cet ouvrage : et ce qui m^a touché dans vos dissertations, c'estqu^ony voit .un, savant qui a de Tesprit; ce qui n^ se trouve pas taupnrjs.

Vous étfis cau3a, snon^ietir, que racadémit d£ Bordeauic (1) m^ presse Tépée dans 1^^ ri^m^ pourobtenirunarrétdu con:»e^il pour la créatiop d£ vingt assoidés au lieu de vingt élèves. Uqnvie qu^ellea de vous avoir,, et )a difficulté d^autre p^fl ^ue toutes les places d^associés sont remplies » £aii qu'elle désire de voir à^ ^ouviîUes pl;M:es créées. Les affaires de M- le caj?dipal de P^oligiiac etd'autr«sfont que cetarrêtén^eMpas encore obtenu. J'écris à nos messieurs que cela ne doit pas çmpêcher; et que vous méritez, si la porte estfer- Biée, que Ton Caisse -une brèche pour vous faire en^ trer. J'espère, monsieur, que Tannée prochaine, si je vais en province, jVur^i rhouneur de vous jvoir à Glérac , et de vous inviter à venir à Bordeaux. Je chérirai tout ce qui pourra faire et augj^iiept^ nptrç com^ioissance. Personne n'est au monde plus que moi et avec plus de respect, etc.

(1) Dans la première édition de cet lettres on lit tovjaiia Awrdeaux.

FAMIIilKRES. 371

P. S. Quaiiidi vous ëcrirez à M. k cberaliet Yenuti , ayez la bonté ^ monsieur , de lui dire mille choses de ma part: ses belles qualités me sont encore présentes.

De Paris » le 19 mars 1739.

A L'ABBÉ MARQUIS NICCOLINL 4l Florence.

J'ai reçu, cher et illustre abbé (i), avec une véritable joie la lettre que vous m'avez £ûiriixmneur de m' écrire. Vous êtes un de ces hommes que Ton n'oublie point, et qui frappez une cer*velle de votre souvenir. Mon ooeur , mon esprit « sont tout à vous, mon cher abbé.

, YoysmVpprenez deux choses bien agréables ; Tune , que nous verrons monseigneur Cerati en

(i) L'abbé marquis TYiccoUni , uq des plus illustres amis ijue l'auteur ait eus en Italie , se lia av«c lai 4 Flerenceé Après atoir ' den^euté long-temps à Rome sous U pootificat du pap« Gorsini» \ dont il étoit parent, il s'est retiré dans sa patrie, uniquement occupé des lettres , de la philosophie , et des vues du bien public. Il a voyagé dans les pays étrangers, et y a été lié avec les plus grands hommes. Lorsque , sous le miaistère lorrain , dont il étoit m^ioc^e admirateur , il eut ordre de ne point rentrer en Toscane^ Montesquies s'écria^ en apprenant cette nouvelle : • Ohi il faut que mod ami NiaooUni » ait dit quelque grande vérité. »

37a LETTRES

France ; IWlre , que madapie la marquise Ferroni se souvient encore de moi. Je vous prie de cimenter auprès de l'un et de l'autre cette amitié que je voudrois tant mériter. Une des choses dont je prétends me vanter , c'est que moi , habitant d'au delà des Alpes , aie été aussi enchanté d'elle (1) que vous tous.

Je suis à Bordeaux depuis un mois , et j'y dois, rester trois ou quatre mois encore. Je serois inconsolable si cela me faispit perdre le plaisir de voir le cher Cerati. Si cela étoit, je prétendrois bien qu'il vînt me voir à Bordeaux. Il verroit son ami : mais il verroit mieux la France , où il n'y a que Paris et les provinces éloignées qui soient quelque chose , parce que Paris n'a pas pu encore les dévorer. Il feroit les deux côtés du carré au lieu de faire la 'diagonale , et verroit les belles provinces qui sont voisines de l'Océan , et celles qui le sont de la Méditerranée.

Que dites-vous des Anglais? voyez comme ils^ couvrent toutes les mers. C'est une grande baleine ; Et latum sub pectore possidet œquor. La reine d'Espagn^ a appris à l'Europe un grand

(i) G'étoit la dame de Florence qui brilloit le plus par son esprit et sa beauté ; la meilleure compagnie s'assembloit chez elle. L'auteur lui fut fort attaché pendant son séjour à Florence. A mon passage dans cette ville , elle vivoit encore y mais dans un état d'infirmité.

secret ; c'est que les Indes , qu'on croyoit attachées à r£spagne par cent mille chaînes, ne tiennent qu'à un fil. Adieu, mon cher et illustre abbé ; accordez-moi les sentimens que j'ai pour vous. Je suis avec toute sorte de respect.

De Bordeaux ^ 1« 6 mars 1 740.

A MONSEIGNEUR CERATI.

A Pise.

J'ai reçu votre letfepe bien tard , monseigneur ; car elle est datée du 10 janvier, et je ne Tai reçue que le 5 de mai à Bordeaux, où je suis depuis un mois , et où je resterai trois ou quatre autres. Promettez-moi et jurez-moi que, si je ne suis pas à Paris quand vous y passerez , vous viendrez me voir à Bordeaux , et vous prendrez cette route en retournant en Italie. Je l'ai mandé à Niccolini ; il ne s'agit que de faire les deux côtés du parallélogramme, au lieu de la diagonale , et vous verrez la France; au lieu que, si vous traversez par le milieu du royaume , vous ne verrez que Paris, et vous ne verrez pas votre ami. Mais je dis tout cela en cas que je ne sois pas à Paris. Quand vous y serez, je vous en ferai les

honneurs , soit que j'y sois ou que je n'y sois pas , et je tous introduirai sur le mont Parnasse. Si TOUS passez en Angleterre, mandez-le-moi, a6n que je tous donne des lettres pour mes amis. Enfin , j'espère que tous Toudrez bien m' écrire pendant TOtre Toyagc , et me donner des nou- Telles de TOtre marche. Mon adresse est à Bordeaux, ou à Paris, rue Saint -Dominique. Vous allez faire le Toyagç le plus agréable que Ton puisse faire. A Fégard des finances , si je suis à Paris , je serai Totre Mentor. Vous y trouTerez à pied une infinité de gens de mérite, et la plupart des carrosses pleins de faquins. M. le cardinal de Polignac a fort bien fait de n'aller pas au conclaTe , et de laisser cette affaire à d'autres. U se porte très-bien, et c'est la plus grande de sts aCEciires.. Vous le Terrez aussi aimable, quoiqu'il ne soit pas à la mode. Adieu, monseigneur ; j'ai et j'aurai pour tous toute ma Tie les sentimens du monde les plus tendres : autant que tout le monde tous estime, autant moi je tous aime ; et, en quelque lieu du monde que tous soyes, TOUS seres^ toujours présent a mon esprit* J'ai r honneur d'être aTec toute sorte de respect ef de tendresse, etc.

FAlrtlLlÈRÈS. 375

A M. L'ABBÉ VENUTI

A Glérac.

Je n'ai que le temps de tous écrire un mot, monsieur. Quelques-uns de vos amis m'ont demandé de parler à. oÉadsuoae de Tea<>in $ur des letti^es qde Ton écrit contre yous^ (i)< Comme je ne sais rien> de tout ceci , et qae ^'ig;nore ç^i.çe sont l^s premières lettres» ou des nouvelles,. je vous prie de m'ëclaircir sur ce que je dois dire au cardinal qui va airriver , et de croire qcie per^

(i) Â peine M. l'abbé Y^i^"** eut-il pris l'adm^aistratioii de Tabbaye de Gléfac , qu'il s'éleva à ftome un parti contre lui <ïan8 lé dhapitre qui Pavint euVoj'é', tràVHiBiinff ft le^ faire ra^i^él^^ ,* ^1 M serrant pour cet effet du canal de M. le cardinal de Tencin pour leéeMe^vir. Le principal gtief qu'on, avditiooft^tre lu? éHoit qile Iles remiftesdeftrei^eBiis de Pabbayeu'étoièiit pas assez abondantes^ fhutet qu'on' mefttoii sur son compte , et qui prbveiioit des grosses débini«^ dont ITabbaye étoit ohai^ , desfrato derépasaCion et de ptoeèv^aux^eb VKàé partie des revenu» devoit être employéié. Outtre ceà* raisom» , il n'étoît pas refirdé de boik> ail par les jBtiésiionnaires fésuites,. chargé», dès le teteps de HehrvIV y ide prêcher toutes iw fêtes «t dimanches dansT l'église abbsrtialeidé cettd TÎtté , qnr, malgré cela^ a continoé d'être presque entièrement habitée par de» pi»^ testans, sans qu'on jouisse citer d'eMmple de la conrevsiottd'nn seul huguenot.

sonne ne prend plus la liberté de vous aimer , ni d'être avec plus de respect.

De Paris, le ijawil i^4>*

A M. L'ABBE DE GUASCO

A TurÎD.

Je suis fort aise , mon cher ami , que la lettre que je vous ai donnée pour notre ambassadeur vous ait procure quelques agremens à Turin , et un peu dédommage des duretés (1) du marquis d*Ormëa. J'étois bien sûr que M. et madame de Sënectère se feroient unplaisir de vous connoître, et, dès qu'ils vous connoîtroient , quUls vous recevroient à bras ouverts. Je v6us charge de leur témoigner combien je suis sensible aux égards

(i) Cet ami de Montesquieu avoit passé quelques années à Paris, oh il étoit allé pour ane maladie des yeux. Son père étant mort , il fat obligé de retonmer à Tnrin pour l'arrangement de ses al&îret domestiques. En passant par cette ville , j'ai oui dire qu'ayant besoin de l'intervention du ministre pour arranger quelques intérêts , il ne put jamais obtenir audience de M. le marquis d'Orméa , par une suite d'une ancienne inimitié de ce ministre contre son père. Cest aussi par une suite de cette inimitié que ses deux frères avoient pris la résolution de se transplanter dans les pays étrangers , se vouant auservice de la maison d'Autriche , où ils n'ont pas eu lieu de se repentir du parti qu'ils avoient pris.

qu^îls ont eus à ma recommandation. Je tous félicite du plaisir que tous aTCz eu de faire le Toyage aTec M. le comte d^Egmont : il est effectiTement de mes amis, et un des seigneurs pour lesquels j^ai le plus d'estime. J'accepte Fappointement de souper chez lui aTec tous à son retour de Naples; mais je crains bien que si la guerre continue , je ne sois forcé d'aller planter des choux à laBrède. Notre commerce de Guienne sera bientôt aux abois ; nos Tins nous resteront sur les bras ; et tous saTez que c'est toute notre richesse. Je préTois que le traité proTisionnel de la cour de Turin aTec celle de Tienne nous en- IcTera le commandeur de Solar ; et , en ce cas , je regretterai moins Paris. Dites mille choses pour moi à M. le marquis de Breil. L'humanité lui dcTra beaucoup pour la bonne éducation qu^'il a donnée à M. le duc de SaToie, dont j'entends dire de très-belles choses. J'aTOue que je me sens un peu de Tanité de Toir que je me formai une juste idée de ce grand homme lorsque j'eus l'honneur de le connoître à Vienne. Je Toudrois bien que tous fussiez de retour à Paris aTant que j'en parte ; et je me résenre de tous dire alors le secret du temple de Gnide (i).

(i) Il loi avoit fait présent de cet ouvrage lorsqu'il prit congé de lui en partant de Turin , sans lui dire qu'il en étoit Tauteur. Il le lui

Tâchez d'arranger vos intérêts domestîqties le mieux que vous pourrez ; et abandonnez à ^m avenir plus favorable la réparation des torts du ministère contre votre maison. C'est dans^ vos principes , vos occupations , et votre conduite , que vous detez chercher, quatit à présent, âe& armes, des consolations et des tiessources. L'e marquis d'Orméa n'est pas un homme à reculer : et , dans les circonstances où l'on Se trouve à votre cour, on fera peu d'attention à vos repré* sentatîons. L'ambassadeur vous salue. If com^ mence à ouvrir les yeux sur son amie : j'y ai un peu contribué, et je m'en félicite, parce ^Jtf^elle lui faisoit faire mauvaise figure. Adieu.

De Paris y lyi^»

apprit depais , en loi disant que c'étoit qne idée à lafquellela société de mademoiselle de Glermoot , princesse du sang , qu'il avoit l'iioanenr de fréquenter , avoit donné occasion , sans d*autre but' que d« fiuit ont peàBtûte p«^liqm de U fhÊpîé*

AU COMTE DE GUASCO(i),

COLONEL d'infanterie.

J'ai été enchante , monsieur le comte , de recevoir une marque de votre souvenir par la lettre que m'a envoyée monsieur votre frère. Madame dé Tencin(2) et les autres personnes auxquelles l'ai fait vos complimens me chargent de vous témoigner aussi leur sensibilité et leur reconnoissance. Je suis fôché de ne pouvoir satisfaire

(1) Il s'étoit fort lié avec lui dans le voyage que le comte de Guasco fit à Paris en 174^ 9 à son retour de Russie.

(3) Madame de Tencin » tcenr du célèbre cardinal de Tenctn , qui lui devoit sa fortune et «m .chapeau , figura beaucoup dans Paris par les charmes de sa beauté et de son esprit. Elle fut pendant cinq ans religieuse dans le couvent de Montfleury , en Dauphiné ; mais elle rentra dans le monde , en réclamant contre ses voeux. Elle parvint , sans être jamais fort riche , ù avoir dans Paris une maison de la meilleure compagnie. 11 étoit du bon ton d'être admis dans sa société ; les seigneurs de la cour , les gens de lettres et les étrangers les plus distingués briguoient également pour y être introduits. Gomme ceux qui faisoientle fond ordinaire de cette société étoient les beauxesprits et les savans les plus connus en France , madame de Tencin les appeloit, par ironie , set bêtes. Elle étoit souvent consultée par eux sur les ouvrages d'agrément qu'on vouloit publier, et s'intéressoit avec chaleur pour ses amis. Montesquieu , qui étoit un de ceux qu'elle considérok le plU9, en avoit procuré la connoissance au comte de Guasco , frère de l'abbé de ce nom.

.38o LETTRES

votre curiosité touchant les ouvrages de notre amie; c'est un secret (i) que j'ai promis de ne point révéler.

La confiance dont vous m'honorez exige que )e vous parle à cœur ouvert sur ce qui fait le sujet intéressant de votre lettre. Je ne dois point vous cacher que je l'ai communiquée à M. le commandeur de Solar, qui est de vos amis; et nous nous sommes trouvés d'accord que led offres que vous fait M. de Belle-Isle pour vous attacher, vous et monsieur votre frère (2), au service de France, ne sont point acceptables. Après tout le bien que les lettres de M. de La Ghétardie lui ont dit de vous, il est inconcevable qu'il ait pu se flatter de vous retenir en vous proposant des grades au-dessous de ceux que vous avez. Je ne sais sur tjuoi il fonde que l'on ne

(1) Le jour de la mort de madame de Tencin, en sortant de «on antichambre , il dit au frère du comte de Guasco , qui étoit avec lui : « Â présent vous pouvez mander à M. votre frère que

# madame de Tencin est l^auteur du CamU de Comminges et du

• Siège de Calais, ouvrages qu'elle a faits en société avec M. de » Font-de-Vesle ( son neveu). Je crois qu'il n'y a que M. de Fon- » tenelle et moi qui sachions ce secret. »

Elle comptoit parmi ses amis , Fontenelle , Benoît XIV , et Montesquieu. Elle avoit fait les Malheur* de l'Amour , et les Anecdotes d*ÉdouardJL

(a) Actuellement lieutenant-général, et ci-devant commandant de Dresde pendant la dernière guerre.

FAMILIÈRES. 38l

considère pas tout-a-fait en France les grades du service étranger comme ceux de nos troupes. Cette maxime ne seroit ni juste ni obligeante, et nous priveroit de fort bons officiers. Je pense que vous avez très-bien fait de ne point vous engager dans son expédition avant que d^avoir de bonnes assurances de la cour sur les conditions qui vous conviennent : mais puisqu^il paroît que 'vous êtes déjà décidé pour le refus, il est inutile de vous présenter ici d'autres réflexions.

Les propositions du ministre de Prusse pour la levée d'un régiment étranger méritent sans doute plus d'attention dès qu'elles peuvent se combiner avec vos finances. Mais il faut caltuler pour l'avenir : «quelle assurance qu'à la paix le régiment ne soit point réformé ? et en ce cas quel dédommagement pour les avances que vous seriez obligé de faire ? En matière d'intérêt il faut bien stipuler avec cette cour. Je doute d'ailleurs que le génie italien s'accommode avec l'esprit du service prussien : j'aurois bien des choses à vjous dire là-dessus : mais vous êtes trop clairvoyant.

A l'égard des avantages que l'on vous fait entrevoir au service du nouvel empereur , vous êtes plus à portée que moi de juger de leur solidité , et trop sage pour vous laisser éblouir. Pour moi ,

382 1ȣTTR$:S

qui ne suis pas encore bien persuadé 4^ la sUr, bilitë du nouveau système politiqua d' AUeiQagf^t je ne fonderois pas mes espérances sur um fortune précaire et peut-être passagène. Par ce que j^ai Fhonneur de vous dire tous sentez que je ne puis qu'approuver la préférence que vouô donneriez à des engagemens pour le service d'Autriche. Outre que c'est là votre première inclinar tion, l'exemple de nombre de vos compatriotes, vous prouve que c'est le service naturel de votre nation. Quel/s que soient les revend actuels de la cour de Vienne , je ne les regarde que comme des disgrâces passagères ; car .une grande et an-^, cienne puissance qui a des forces naturelles et> intrinsèques ne sauroit tomber tQut à coup. £a supposant même quelques échecs, le service y, sera toujours plus solide que celui d'une puissance naissante. Il y a tout à parier que la cour d^ Turin, dans la guerre présente, fera cause commune avec celle de Vienne ; par conséquent les raisons qui vous détournèrent en quittant le Piémont de passer au, service autrîclnen (i)

(i) Gomme , durant la guerre qui venoit de se terminer entre les cours de Vienne et de Tur^ , les codâtes dfi Quaaco aïK^i^nt fait toutes les campagnes au senrice de la dernière , en quittant ce service , ils crurent ne devoir pas fournir au marquis d'Orméa l'occa-' sion de noircir cette démanche en entrant alors au service de la cour de Vienne , de peur d'attirer p^i ^e nçuveauz cbi^iiis k,

FAMILlEElglS. 383

cessent dans les circonstances présentes. Je ne vois pas même de meilleur moyen de vous moquer de l'inimitié du marquis d'Orméa , que de servir une cour alliée , dans laquelle , en considérant ^ce qui s'est passé (i) autrefois, il ne doit pas avoir beaucoup de crédit. Vous êtes prudent et sage ; ainsi je soumets à votre jugement des conjectures auxquelles le désir sincère de vos avantages a peut-être autant de part que la raison. J'appf endrai avec bien du plaisir le parti que vous aurez pris , et j'ai l'honneur de vous assurer de mon respect.

A Francfort, en 174a.

le^ p.èr^ , qai wvroît efoiçOBe» Ils prinent ^n c90^qiieBce la réso*lu^tion de passer en Russie , pnissance sons laquelle ils ne se trouveroient jamais dans le cas de porter les armes contre leur sonverain , et qoi 4 en ce temp84à , offroit beaucoup d'avantages aux étrangers ^CM vondroient entrer à son service ; mais la dqreté du cUmat, et les révolutions dont ils furent témoins , les déterminèrent à profiter de la guerre survenue en Allemagne à la suite de la mort de l'empereur Charles VI, afin d.e suivre leur première inclination pour la maison d'Autriche.

(1) Sous son nuiûatère, la cour de Turin « daiM h guerre psécéidentfe , avoit abandonné l'alliancQ avec la cour de Vienne , et étoif Revenue l'alliée de la France. On prétend que le marquis d'Orméa^ dAW cette occ^ion , avoit proposé » ponr pr^x d'une négociation av^ la pour de Vienne., qu'il passeroit à son service , et qu'il y B^^* roit une charge considérable ; de quoi l'empereur Charles yi averljit le roi de 5iarda%ne , ^n envoyant , sous d'autres prétez;tes , à Turin

le p4pce T , qui devoit faiçe connoître la chcuie au ro^, sans.

que le ministre se doutât de sa comn^ission.

A M. L'ABBÉ DE GUASCO(i).

L'abbé Venuti m'a fiait part, mon cher abbë, de l'affliction que vous a causée la mort de votre ami le prince Cantimir, et du projet que vous avez forme de faire un voyage dans nos province» mëridionajes pour rétablir votre santé. Vous trouverez partout des amis pour retnplacer celui que vous avez perdu; mais la Russie ne remplacera pas si aisément un ambassadeur (2) du mérite du prince Cantimir. Or je me joins à l'abbé Venuti pour vous presser d'exécuter votre projet : l'air j les raisins, le vin des bords de la Garonne , et l'humeur des Gascons , sont d'excellens antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la

(1) Après avoir passé un an à Turin , il étoit reveno à Paris, et l'étoit Youé aux fonctions de son état ; mais , TOjant qu'elles ne feroient que l'exposer au fanatisme qui régnoit alors en France , à cause dea disputes théologîques , il y renonça , se livrant uniquement à la culture des lettres et à la société des sayans , dans la vue d'obtenir une place à l'Académie royale des inscriptions et bellealettres , où il fut depuis reçu«n qualité d'un des quatre honoraires étrangers.

(a) On peut voir ce qui en est dit dans sa rie , qui est à la tête de la traduction en français de ses Satires runes, par un anonyme que l'on croit être l'ami à qui Montesquieu écrit cette lettre.

Brède , où vous trouverez un château , gothique à la vérité^ mais orné de dehors charmans, dont j'ai pris ridée en Angleterre. Comme vous ûvee du goût, je vous consulterai sur les choses que j'entends ajoutera ce qui est déjà fait;, mais >^ vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage (i), qui avance à pas de gëant depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s'en trouve aussi mieux ; et j'espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez chez moi sera le meilleur spécifique contre vos Incommodités. Je vous attends donc cette automne , très-empressé de vous embrasser.

De Bordeaux , le f août 1744*

AU MÊME

Nous partirons lundi , docte abbé , et je compte sur vous. Je ne pourrai pas vous donner une place dans ma chaise de poste , parce que je mène madame de Montesquieu; mais je vous donnerai des chevaux. Vous en aurez un qui sera comme un bateau sur un canal tranquille, et comme une gondole de Venise, et comme un oiseau qui

. (1) L'Esprit des Lais,

vn. 25

386 i.£TTa£S

plane dans les airs. La voiture du cheval est trè$* bonne pour la poitrine ; M. Sidenham la ton* seiUe surtout ; et nous avons eu un grand médecin qui prëtendoit qu^ cMtoit un si bon remède , qu^il est mort à cheval. Nous séjournerons à la Brède jusqu'à la Saint-Martin ; nous y étudierons, nous nous promènerons , nous planterons des bois , et ferons des prairies. Adieu , mon cher abbé ; je vous embrasse de tout mon cœur.

De Bordeaux , le 3o septembre 1744*

AU MÊME

Je serai en ville après-demain. Ne vous engagez pas à dîner , mon cher abbé , pour vendredi ; vous^tes invité chez le président Carbot. Il faudra y être arrivé à dix heures précises du matin , pour commencer la lecture du grand ou^ vrage que vous savez (1) ; on lira aussi après dîner : il n'y aura que vous , avec le président et mon fils; vous y aurez pleine liberté de juger et de critiquer (2).

(1) L'Esprit tU$ Loiê.

(a) L'un de ceux qui assistoient à cette lectuie m*a dit que » dé» qu'on releroit quelque chose , il ne faisoit pas la moindre difficulté de le corriger» de le changer, ou de réclairclr.

Je viens d'envoyer voire anacrëontique (1) à ma fille ; c*est une pièce charmante dont elle sera fort flattée. J'ai aussi lu votre ëtrenne ou «pitre pëtrarquesque à madame de Pontar ; elle est pleine d^idëes agréables. L^abbé , vous êtes pOëte, et on diroit que vous ne vous en doutée pas. Adieu«

De la Brède, le lo février 1745.

A LA COMTESSE DE PONTAC (a).

De Clérac, à Bordeaux.

Vous êtes bien aimable , madame , de m'avoir écrit sur le mariage de ma fille (3); elle et moi

(i) Il s'agit ici d'une petite pièce de poésie envoyée pour étrennes de la nouvelle année à mademoiselle de Montesquieu. Cette pièce a été imprimée dans le Mercure de 1745 , avec la traduction en français , par M. Le Franc de Pompignan.

(a) Gomme il est souvent «parlé dans ces Lettres de madame la comtesse de Pontac , il est bon de remarquer ici que c'est une des dames de Bordeaux qui brille autant par son esprit et par ses -liaisons avec les gens de lettres , qu'elle a brillé par sa beauté. Il est parlé d'elle dans quelques poésies de M. l'abbé Venuti.

(3) Il venoit de la marier à M. de Secondât d'Agén, gentilbomme d'une autre branche de sa maison » dans la vue de conserver ses terres dans sa famille , au cas que son fils , qui étoit marié depuis

VOUS sommes très-dévoués; et nous vous demandons tous deux l'honneur de Vos boiités. J'apprends quelles jurats (i) ont envoyé une bourse de jetons, de veloufs brodé , à l'abbé Venutî : je croyois qu'ils ne sauroient pas faire cela même; Lé présent n'est pas imp^ji^tant ; mais c'est le présent d'une grande cité ; et ce régal auroit encore très-bon air en Italie : mais là il n'a pas besoin de bon âir , parce que l'abbé y est si connu , qu'on ne peut rien ajouter à sa considération. Dites , je vous prie, à l'abbé de Guasco que je ne puis comprendre comment les échos ont pu porter à monsieur le Mercure de Paris des vers (2) faits dans le bois de la Brède. Je suis fort fâché de ne l'avoir pas su plus tôt, parce que j'aûrois donné

plusieurs années , 'continuât de n'avoir point d'enfans. Mademoiselle de Montesquieu fut d'un grand secours à son père dans la composition de VEsprit des Lois , par les lectures journalières qu'elle lui faisoit pour soulager son lecteur ordinaire. Les livres même les plus ingrats à lire , tels que Beaumanoir , Join ville, et autres de cette espèce ,,ne la rebutoient point ; elle s'en divertissoit même, et égayoit fort ces' lectures en répétant les mots qui lui paroissoient risibles.

(1) Titre des premiers magistrats de la ville de Bordeaux. Ils firent ce présent à M. l'abbé Venuti pour lui marquer la reconnoissance de la ville pour les inscriptions et autres compositions qu'il avoit faites à l'occasion des fêtes données à Bordeiinx , au passage de madame la dauphine , fille du roi d'Espagne.

(a) Ce sont les mêmes dont il est parlé dans la lettre précédente.

FAMILIERES. SSq

ce sonnet en dot à ma fille. J^ai Phonneur d^ébre, madame , avec toute sorte de respect.

A MONSEIGNEUR CERATI.

J^APPREKDS, monseigneur, par.Totre lettre, que TOUS êtes arrivé heureusement àPise. Gomme vous ne me dites rien de vos yeux, j^espère qu^ils se seront fortifies. Je le souhaite bien, et que vous puissiez jouir agréablement de la vie pour vous et pour les délices de vos amis. Vous m'exhortez à publier... Je vous exhorte fi)rt vous-même à nous donner une relation des belles réflexions que vous avez faites dans les divers pays que vous avea^ vus. Il y a beaucoup de gens qui paient les chevaux de poste : mais il y a peu de voyageurs , et il n'y en a aucun comme vous. Dites à Tabbé Niccolini qu'il nous doit un voyage en France ; et je vous prie de l'assurer de l'amitié la plus tendre.

Je voudrois biei^ pouvoir vous tenir tous deux dans la terre de la Brède, et là y avoir de ces conversations que rineptie ou la folie de Paris rendent rares. J'ai dit à M. l'abbé Yenuti que ses médailles étoient vendues. Nous avons ici l'abbé de Guasco,

SgO LETTRES

qui me tient fidèle compagnie à la Brède. U me charge de tous faire bien des eomplimens. Il hnl avouer que Tltalie est une belle chose , car tout le monde veutTavoir. Voilà cinq armées quiyontse la disputer. Pour notre Guienne , ce ne sont que des armées de gens d^af&ires qui en veulent faire la conquête , et ils la font plus sûrement que le comte de Gages. Je crois qu^àprësentil se fait bien desrëfleitions sous la grande perruque du marquis d'Ormëa. Je nMrai à Paris d W an tout au plus tôt. Je n^ai pas un sou pour aller dans cette ville , qui dëvore les provinces , et que Ton prétend donner des plaisirs, parce qu'elle fait oublier la vie. Depuis deux ans que je suis ici, j'ai continuellement travaillé à la chose dont vous me partez (i) ; mais ma vie avance, et l'ouvrage recule à cause de son immensité : vous pouvez être bien sâr que vous en aurez d'abord des nouvelles. On m'avertit que mon papier finit. Je vous embrasse mille fois.

De Bordeaux , le 16 iuin 174^.

(i) L'Esprit des Loi*.

FAMILltRXS. 591

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A M. L'ABBÉ DE GUASCO

A Clérac.

Vous avez bien devine , et depuis irùh jours l^ai fait Touvrage de trois mois ; de sorte que , si v^opis êtes ici au mois d^avril^ )e pourrai vous donner la commission dont vous voulez kieià vous charger pour la Hollande , suivant le plan que nous avons' fait. Je sais à cette heure tout ce que f ai à faire. De trente points je vods eîi donnerai vingt-six : or , pendant que vous tra-^ vaillerez de votre côte, je vous enverrai lés quatre autres. Le P. Desmolets m^a dit quMl avôit trouve un libraire pour votre mranuscrit des Satires (i), mais que personne ne veut de votre savante dissertation ; parce qu^oi\ est sûr du débit de ce qui porte le nom de satires, et très-peu des dissertations savantes. Votre censeur est mort; mais je m'en console , puisque l'auteur est

(i) Ilparoîf t)a'3 est ici question ées Satires tasse» du prince Cantimir , avec la Vie de l*aiiteur , imprimées en Hollande et à Paris , tome premier, ki-ia.

Cantimir fot le Boilean de la Russie. Il fît connoitre à ses compatriotes les Lettres persanes, là Pfuralité des mandes, et d'autres lions livres. '

3g2 liJËTTBrES

encore en vie. Vous avez bien tort de me reprocher de ne pas vous écrire des nouvelles , vous qui ne m^avez rien dit sur le mariage de mademoiselle Mimi , ni sur mes vendanges de Clërac , qui ne seront sûrement pas si bonnes qu^elles l'auroient ëtë , par la consommation de raisins que .vous ayez faite dans mes vignes. On ne croit pas qvie les affaires de milord Morthan (i) soient auss^ mauvaises qu'on Ta cru dans le public , gir guipai- la guerre contre les Anglais. Le P. Desmolets n'a point eu de tracasseries dans sa congre-^ gatipn , d.^aut^t plus qu'il ne porte point de perruque (2) y m^i^ il dit que vous lui donnez trop de cp^iQissions. , Je vous donne la devise du porcépic:y.Çûminàs eminûs. Le P. Desmolets dit que vous avez plus d'affaires que si vous alliez faire la conquête de la Provence :.... remarquez, que c'est le P. Desmolets. qui dit cela. Pendant, que »

(1) Ce seigneur , étant venu à Paris durant la guerre, avoit été mis à ta Bastille. '

(s) Dam le chapitre ^général tenn paj? la' eongrégation de rj^râtoire, on déclara la guerre à l'appel de la bulle Umgenitus, et aux perruques de poil de chèvre, dont quelques-uns se servoient au liçu de grandes calottes. Plusieurs membres quittèrent plutôt que de 4e soumettre à ces duretés. Le P. Desmolets étoit bibliothécaire de la maison de Saint-Honoré , et un des plus anciens, amis de Tautenr , qji^i , lui ayant montré son manuscrit des Litres, persanes, pour savoir si cela seroit débité, lui répondit: «Président , » cela sera vendu comme du pain. »

FAMILIERES. 5g5

TOUS serez à Clérac, prenez bien garde à trois choses ; à.yos yeux, aux galanteries de M. de La Mire , et aux citations de saint Augustin dans vos disputes de controverse. J'«;nyie à madame de Montesquieu le plaisir qu^elle aura de vous revoir. Adieu ; je vous embrasse.

De Paru, 1746>

AU MEME

; Je ne sais quel tour a &it la lettre que vous

m^avez écrite de Barëge ; elle ne m'est parvenue

que depuis peu. de )ours. J'ai été très-scandalisé

de la tracasserie de M, le chevalier d' C!ést

un plaisant homme que ce prétendu gouverneur de Barf^ge ; il faut que le cord^nsi Jb}eu lui ait tourne la tête. Quand je le verrrai à Pairts, je ne manquerai, pas de lui. demander si vous avez fait bien des progrès en politique par la lecture de ses gazettes. J'ai conté ici la querelle d'Allemand qu'il vous a faite, faisant bien remarquer qu'il est fort singulier qu'un homme ne dans les états du roi de Sardaigne soit inquiet de la petite-vérole de ce monarque ; et que ,. tenant par deux frères à la cour devienne , il montre d'être fâché de sesi échecs.

Sachez, mon cher ami, qu'il y a des seigneurs avec qui il ne faut jamais disputer après dîner* Vous avez agi très-prudemment en lui ëcrirant après son réveil. Voire lettre est digne devons, et je suis enchante qu'elle Tait désarme. Vousidcvez être glorieux d'avoir triomphe, le jour de Saint* Louis, d'un de nos lieutenans généraux sans que personne vous ait aidé.

Mandez-moi si vous accompagnerez madame de Montesquieu à Clérac: car mon ouvrage avance (i); et si vous prenez la route opposée , il faut que je sache où vous faire tenir la partie qui va 'être prête. Je souhaite que votre voyage sur le pic du midi soit plus heureux que la chasse d'amiante et la pêche des truites du lac des Py-* rénées. Mon ami, je vois que les choses difficiles ont de grands attraits pour vous, et que vous suivez plus votrèrkïfiriosité que vous ne consultes vos forces. Soutesi^ez-vous que vos yeux ne valent guère mieux que les miens : laissez que mon fils, qui en a de bons , grimpe sur les montagnes, et y aille faire des recherches sur l'histoire natu* relie ; mais gardez les vôtres pour les choses né* cessaires. Si l'on vous a regardé comme un politique dangereux parce que vous pimez à lire les gazettes , vous courez risque que l'on vous fasse

(i) L'Esprit dés Lois,

FAMILI£Ri:S. 59S

passer pour un sorcier si vous allez grimpant sur des rochers escarpés. Adieu* "^

D€ Paris , en aoCit 1746.

AU MÊME

J'ai lu, docte abbé, votre dissertation avec plaisir , et je suis sûr que je vous mettrai sur la tête un second laurier (i) de mon jardin, si vous êtes à la Brède , comme je Tespère , lorsqu'il vous aura été décerné par l'académie , Le sujet est beau, vaste , intéressant, et vous Pavez fort bien traité. Je suis bien aise de vous voir , vous , chasser sur mes terres. Il y a deux choses dans votre ■ dissertation que je voudrois que vous éclaircissiez : la première , c'est qu'on p^rroit croire que vous mettez Carthage» après la seconde guerre punique , au rang des villes autonomes soumises à l'empire romain; vous savez qu'elle continua d'être un état libre et absolument indépendant : la seconde remarque regarde ce que vous dites du titre d^éleuthérie. Vous n'indiquez point de différence entre les villes qui pre-

(1.) Ayant appris de Pam que l'académie avoit décerné le prtx à la dÎBBertation , Montesquien fit faire U|^e oonronne de laoner , et, pendant qu'on étoit à table , il b fit mettre par sa fille sur la tète du vainqueur , qui ne s'attendoit point à cette surprise.

396 ' LETTREES

noient ce titrée et celles qui prenoierit celui <!*»«ton^mt^s.Yousn^ayezfâit que toucher ce point; et il mériteroit d'être ^clairci.Vous savez qu'on dispute là'dessus , et que des savans prétendent que VéleufÂmVdisôit quelque chose de plus que V autonomie. Je vous conseille d'examiner un peu la chose, et défaire ace sujet une addition àvotre dissertation. J'ai fart faire une berlîne, afin que je vous mène plus commodément à Çlérac , que vous aimez tant. Nous ne disputerons plus sur l'usure^ 1 ), et vous gagnerez deux heures par jour. Mes prés ont besoin de vous. L'Eveillé (2) ne cesse de dire : Oh ! si M. l'abbat étoit ici ! Je vous promets qu'il sera docile à vos instructions : il fera tant de rigoles (3) que vous voudrez. Mandezmoi si Je puis me flatter que vous prendrez la route He la Garonne , parce qu'en ce cas je profiterai d'une occasion qui se présente pour envoyer directement mon manuscrit (4) à l'impri-

(1) Ce porrespondant de Montesquieu a^oit composé autrefois un traité sur l'usure , suivant le système des théologiens , système contraire à celui de l'auteur de V Esprit des Lois , et impraticable dans les pays de commerce.

(a) Chef des manœuvres de la campagne de Montesquieu.

(5) Il a voit eu bien de la peine à persuader à ces paysans de ftire aller l'eau dans un pré attenant au* chMeau de la Brède , qu'il avoit entrepris d'améliorer ;^.les paysans s'y opposant par la grande riiison banale, que ce n'étoitpasla coutume dans leur pays,

(4) L'Esprit des Lois,

meur. Pour vous avoir, je vous dégage de votre parole ; aussi-bien Fimpression ne doit point être faite en Hollande « encore moins en Angleterre, qui est une ennemie avec laquelle il ne faut avoir de commerce qu^à coups de canon. Il n^en est pas de même des Piëmontais , car il s^en faut bien que nous soyons en guerre avec eux ; ce n^est que par manière d^acquit que :nous. assiégeons leurs places, et qu^ils prennent prisonniers tant de nos . bataillons (1). Vous nVvez donc point de raisons de nous quitter ; vous serez toujours reçu comme ami en Guienne.Nous nous piquerons, de ne pas. céder au Laojguedoc et à la Provence. Je vous remercie d'avoir parle de moi al serenissimo, très-flatté qu'il se soit souvenu que j'ai eu l'honneur de lui.&ire ma cour à Modène. Je vous enverrai mon livre que vous me demandez pour lui. Vous trouverez ci-joints les ëclaircissemens (2) peu éclaircissans que vous envoie le chapitre de Comminges. L'abbé, vous êtes bien simple de vous figurer que des gens de chapitre se donnent la peine de faire dès recherches littéraires: ce n'est pas moi, c'est mon

(1) 11 s'agit ici de l'affaire d'Asti, oii neuf bataillons français forent faits prisonniers par le roi de Sardaigne.

(a) Ils regirdoient 14ii8toire de Clément Goût, qui fnt évè^w^ de Comminges, archevêque de 'Bordeaux , et ensuite pape.

5g8 LETT&ES

frère, qui esl doyen dW chapitre, qui vous dit de vous mienx adresser* Que cela ne vous fasse cependant pas suspendre votre histoire de Clément y (i): vous Tavez promise à notre acadé* mie. Revenez, et vous y travaillerez plus k Taise sur le tombeau (s) de ce pape. Je prétende que vous ne laissiez pas Tarticte de Branissende (3), car je crains que vous ne soyez trop timoré pour nous en parler; je ne vous demande qae de mettre une note. Vos recherches vous feront lire des savans ; et un trait de galanterie vous fen lire de ceux qui ne le sont pas. J^ai envoyé votre médaille à Bordeaux , avec ordre de la remettre à M. de Tourni , pour la remettre à M. l'intendant de Languedoc. Mon cher abbé, il y a deux chose* difficiles, d'attraper la médaille, et que la tné-

(i) Cette histoire de Clément V n'a pas encore f>artt(i768), ^ OD croit que le mauvais état où se trouve depuis long-temps h vue de l'auteur , ne lui permet pas de l'achever ; on a su qu'il en Int le premier livre dans une assemblée de l'Académie des inseriptioi» «t belles-lettres, en 1747 % et que cette lecture fit souhaiter «ie voir l'ouvrage achevé.

(a) Le tombeau de ce pape est dans la collégiale d'UsestCipr^^ de Bazas , où il fut enterré daos une seigneurie de la maison de iîoût.

(3) Quelques historiens ont avancé que Branitteade , comtesse de Périgord , étoit la maîtresse de Clément lorsqu'il étoit archevêque de Bordeaux , et qu'il continua de la disHngaev durant son pontificat.

daiUe voua attrape. Adien ; je vous attends , je TOUS désire, et vous embrasse de tout mon cœur.

De Paris, en 1746.

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