‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 71 sur 92 · AU MARQUIS DE STAINVILLE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE STAINVILLE

MIKISTRE VliMIPOtENTUlBK AB I.'e1IPEH£IIB D*AIt.ElU61i£ A PABIS (l).

Les bontës dqnt votre excellence m^a toujours honoré font que je prends la liberté de m^ouyrir à elle sur une chose qui uiMntëresse beaucoup^ Je viens d^apprendre que les jésuites sont parvenue» à faire défendre , à Vienne , le débit du livre de VEsprit des Lois. Votre excellence sait que j^ai déjà ici des querelles à soutenir, tant contre les jansénistes que contre les jésuites ; voici ce qui y a donné lieu. Au chap. vi du liv. IV de mon livre, j'ai parlé de l'établissement des jésuites au Paraguay, et j'ai dit que, quelques mauvaises couleurs qu'on ait voulu y donner , leur conduite à cet égard étoit très-louable ; et les jansénistes ont trouvé très-mauvais que j'aie par-là défendu ce qu'ils avoient attaqué, et approuvé la conduite des jésuites; ce qui les a mis de très-mauvaise humeur. D'un autre côté, les

(i) L'original de cette lettre étoit à Ratisbonne dans la bihliothèque du prince de La Tour-Taxis.

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jésuites ont trouvé que dans cet endroit même jeneparlois pas d^eux avec asseifi de respect, et que je les accusois de manquer d'himiilité.Aiilsi j^ai«u le destin de tous les 'gens érnodërés, éVfé me trouve être comme les gens' Mutres que le grand Cosme de Mëdicis comjiai'dit à céuic qui habitent le second ë|;age dès'tdâisâitisv qui ^6tit incommodes par le bt^uit^Vn l^tAet pàï Và^tSimée d'en bas; Aussi, dès'qû^iftotidtf^^gë'pai'ùé, les jésuites Vattaquèf^^t ddUs «léut'jbiii^al Se Trévoux, et les jansiénistf<s éH^ërii'âeràéiïié dans leurs Nouvelles ecclésiastique J'; e^j'-iiiidîque le pnb^»c^^e fît que Tit^ -des choses péà 'Seiisecs quHIs disoient^ Je tie cinis Ji^fe déVbii^ eh tire moi-même , et je fis imprimer ma défense que votre excellence connoît, et que j^airhonneur de vous envoyer : et comme les uns et les autres me faisoient à peu près» Ijes if^m^s impressions , je me suis contenté de répondre aux jansénistes , à un seul article près , qiii régài^de en particulier le journal de Trévoux.

Votre excellence est tûstiruité dii 'succès -qu'a eu ma défense , et qu^i y à eu ici iin éiî gétiéral contre mes adversaires. Je ètoyoîs être tranquille; lorsque j'ai appris que les jésuites ont été |)brtér à Vienne les querelles qu'ils se sont faites à Paris ; et quHls y ont eu le crédit de faire dëfendre'mon

livre (i), sachant bien que je n'y ëtois pas pour dire mes raisons, tout cela dans Tobjet de pouvoir dire à Paris que ce livre est bien pernicieux puisqu'il aëtë défendu à Vienne, de se prévaloir de l'autorité d'une aussi grande cour, et de faire usage du respect et de cette espèce de culte que toute l'Europe rend à l'impératrice* Je ne veux point prévenir les réflexions de votre excellence. Mais peut-être pensera-t-elle qu'un ouvrage dont on a fait dans un an et demi vingt-deux éditions, qui est traduit dans presque toutes les langues , et qui d'ailleurs contient des choses utiles , ne mérite ps^s d'ébre prosc^rit par le gouvernement. J'ai l'honneur d'être, avec un respect infini, etc.

Paris , le 27 mai 1760.

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