‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 72 sur 92 · PASTEUR SUISSE · texte numérisé non relu

PASTEUR SUISSE

Si je ne suis point trop présomptueux , monsieur , pour répondre k une question qui n'est que très-incidemment de mon ressort, je vous ,dirai que je suis trèsrfortement de votre avis , et «qu'il ne faut point, dans une traduction de la , (1) G« bdniit étoît fjias.

Bible , employer le terme de vous au singulier. Vos raisons me paroissent extrêmement solides. Je pense qu'une version de FEcriture n'est point une affaire de modç , ni même une afiaire d'*ur^ banité.

2. Il me semble que l'esprit de la religion protestante a toujours ëtë de ramener les traductions de l'Écriture à l'original. 11. ne faut donc point, en traduisant, faire attention aux dëlicatesses modernes. Ces délicatesses mêmes ne sont point tant des délicatesses, puisqu'elles nous viennent de la barbarie.

3. Le style de l'Ecnture est plus ordinairement poétique , et nous avons très-souvent gardé le toi pour la poésie :

Grand roi^ cesse de vaincre, eu (e cesse d'écrire;

ce qui est bien autrement noble , que si Despréaux avoit dit:

Grand roi , cesses de vaincre.

4* Dans votre religion protestante , . quoique vous ayez voulu lire votre Bible en langue vulgaire , vous avez eu pourtant ftdée d'en conserver le caractère original, et vous vous êtes éloignés des &çons de parler vulgaires. Une preuve

de cek, c^est que tous ayez traduit la poésie par la poëâie.

5. îfotre vous étant un défaut des langues modernes , il ne faut point choquer la nature en général, et l'esprit de l'ouvrage en particulier, poursuivre ce défaut. Je crois que ces remarques auroient lieu dans quelque livre sacré de quel* que religion quelconque, comme VAlcoran, les livres religieux des Çuèbres^ etc. Comme lana* ture de ces livres est de devoir être respectés , il sera toujours bon de leur faire garder leur ca-^ ractère original, et de ne leur donner jamais des tours d'expressions populaires. L'exemple de nos traducteurs, qui ont a£fecté le plus^ beau langage , ne doit pas plus être suivi que celui du prédicateur du Spectateur anglais , qui disoit que , s'il ne craignoit pas de manquer à la politesse et aux égards qu'il deyoit avoir pour ses auditeurs, il prendroit la liberté de leur dire que leurs déportemens les meneroient tout droit en enfer. Ainsi je crois, monsieur, que si l'on veut faire à Genève une traduction de l'Écriture , qui soit mâle et forte, il faut s'éloigner, autant qu'on pourra, des nouvelles affectations. Elles déplurent même parmi nous dès le commencenieiit; et l'on sait combien le père Bouhours se rendit là-dessus ridicule, lorsqu'il voulut tra-

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duire le Nouveau Testament. Conserves-y Fair et rhabit antique ; peignez comme Michel-Ange peignoit ; et quand tous descendrez aux choses moins grandes , peignez comme Raphaël a peint dans les loges du Vatican les héros de FÀncien Testament , avec sa implicite et sa pureté. J^ai rhonneur d^être , etc.

26 juin 1750.

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