‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 10 sur 129 · CHAPITRE II. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. I

Comme leurs armées n'étoient pas nombreuses , il étoit aisé de pourvoir à leur subsistance ; le chef pouvoit mieux les connoître , et voyoit plus aisément les fautes et les violations de la discipline.

La force de leurs exercices , les chemins admirables qu'ils avoient construits , les mettoient en état de faire des marches longues et rapides ^. Leur présence inopinée glaçoit les esprits : ils se montroient surtout après un mauvais succès, dans le temps que leurs ennemis étoient dans cette négligence que donne la victoire.

Dans nos combats d'aujourd'hui un particulier n'a guère de confiance qu'en la multitude : mais chaque Jlomain , plus robuste et plus aguerri que son ennemi, comptoit toujours sur lui-même; il avoit naturellement du courage, c'est-à-dire de cette vertu qui est le sentiment de ses propres forces.

Leurs troupes étant toujours les mieux disciplinées, il était difficile que , dans le combat le plus malheureux, ils ne se ralliassent quelque part, ou que le désordre ne se mît quelque part chez les ennemis. Aussi les voit-on continuellement dans les histoires, quoique surmontés dans le commencement par le nombre ou par l'ardeur des ennemis, arracher enfin la victoire de leurs mains.

' Voyez surtout la défaite d'Asdrubal , et leur diligence contre Viriatus.

Leur principale attention étoit d'examiner en quoi leur ennemi pouvoit avoir de la supériorité sur eux; et d'abord ils y mettoient ordre. Ils s'accoutumoient à voir le sang et les blessures dans les spectacles des gladiateurs, qu'ils prirent des Étrusques *.

Les épées tranchantes des Gaulois ^ , les éléphants de PjTrhus , ne les surprirent qu'une fois. Ils suppléèrent à la foiblesse de leur cavalerie^, d'abord en ôtant les brides des chevaux pour que l'impétuosité n'en pût être arrêtée ; ensuite en y mêlant des vélites 4. Quand ils eurent connu l'épée espagnole ils quittèrent la leur ^. Ils éludèrent la science des pilotes par l'invention d'une machine que Polybe nous a décrite. Enfin , comme dit Jo-

' Fragment de Nicolas de Damas, Ht. x, tiré d'Athénée, liv. iv, cliap. XIII. Avant que les soldats partissent pour l'armée, on leur donnoit vm combat de gladiateurs. Jules Capitolin, Fie de Maxime et de Daibin.

* Les Romains présentoient leurs javelots, qui rece\oient les coups des épées gauloises et les émoussoient.

3 Elle fut encore meilleure que celle des petits peuples d'Italie. On la formoit des principaux citoyens , à qui le public entretenoit un cheval. Quand elle mettoit pied à terre , il n'y avoit point d'infanterie plus redoutable, et très souvent elle déterminoit la victoire.

4 Cétoient déjeunes hommes légèrement armés, et les plus agiles de la légion, qui , au moindre signal, sautoient sur la croupe des chevaux , ou combattoient à pied. Valère Maxime , liv. ii , chap. m , art III. Tite-Live , liv. xxvi, chap. i /.

5 Fragment de Polybe, rapporté par Suidas au mot aax,atpa.

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