I. Des conquêtes de Justinien. 2. De son gouvernement
Comme tous ces peuples entroient pêle-mêle dans l'empire, ils s'incommodoient réciproquement; et toute la politique de ces temps-là fut de les armer les uns contre les autres; ce qui étoit aisé à cause de leur férocité et de leur avarice. Ils s'entre-détruisirent pour la plupart avant d'avoir pu s'établir; et cela fit que l'empire d'Orient subsista encore du temps.
D'ailleurs le Nord s'épuisa lui-même, et l'on n'en vit plus sortir ces armées innombrables qui parurent d'abord; car , après les premières invasions des Gotlîs et des Huns, surtout depuis la mort d'Attila, ceux-ci et les peuples qui les suivirent attaquèrent avec moins de forces.
Lorsque ces nations, qui s'étoient assemblées en corps d'armée, se furent dispersées en peuples, elles s'affoiblirent beaucoup; répandues dans les divers lieux de leurs conquêtes , elles furent ellesmêmes exposées aux invasions. Ce fut dans ces circonstances que Justinien entreprit de reconquérir l'Afrique et l'Italie, et fit ce que nos François exécutèrent aussi heureusement contre les
Wisigoths , les Bourguignons , les Lombards et les Sarrasins.
Lorsque la religion chrétienne fut apportée aux Barbares , la secte arienne étoit en quelque façon dominante dans l'empire. Valens leur envoya des prêtres ariens , qui furent leurs premiers apôtres. Or , dans l'intervalle qu'il y eut entre leur conversion et leur établissement, cette secte fut en quelque façon détruite chez les Romains ; les Barbares ariens ayant trouvé tout le pays orthodoxe n'en purent jamais gagner l'affection ; et il fut facile aux empereurs de les troubler.
D'ailleurs ces Barbares dont l'art et le génie n'étoient guère d'attaquer les villes et encore moins de les défendre, en laissèrent tomber les murailles en ruine. Procope nous apprend que Bélisaire trouva celles d'ItaUe en cet état. Celles d'Afrique avoient été démantelées par Genséric ' , comme celles d'Espagne le furent dans la suite par Vitisa ' , dans l'idée de s'assurer de ses habitants. La plupart de ces peuples du Nord , établis dans les pays du Midi, en prirent d'abord la mollesse, et devinrent incapables des fatigues de la guerre ^. Les Vandales languissoient dans la volupté; une table délicate, des habits effé-
' Procope, Guerre des Vandiiles , liv. i.
» Mariana, Histoire d'Espagne, liv. vr, chap. xix.
^ Procope, Guerre des Vandales, liv. il.