‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 101 sur 129 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

minés , des bains , la musique , la danse , les jardins , les théâtres , leur étoient devenus nécessaires.

Ils ne donnoient plus d'inquiétude aux Romains ^ , dit Mal chus ^ , depuis qu'ils avoient cessé d'entretenir les armées que Genséric tenoit toujours prêtes, avec lesquelles il prévenoit ses ennemis, et étonnoit tout le monde par la facilité de ses entreprises.

La cavalerie des Romains étoit très exercée à tirer de l'arc ; mais celle des Goths et des Vandales ne se servoit que de l'épée et de la lance , et ne pouvoit combattre de loin ^ : c'est à cette différence que Bélisaire attribuoit une partie de ses succès.

Les Romains, surtout sous Justinien, tirèrent de grands services des Huns , peuples dont étoient sortis lesParthes , et qui combattoient comme eux. Depuis qu'ils eurent perdu leur puissance par la défaite d'Attila et les divisions que le grand nombre de ses enfants fit naître , ils servirent les Romains en qualité d'auxiliaires , et ils formèrent leur meilleure cavalerie.

Toutes ces nations barbares se distinguoient

' Du temps d'Honoric.

' Histoire byzantine , dans V Extrait des ambassades.

' Voyez Procope, Guerre des Vandales , liv. i, et le même auteur, Guerre des Goths , liv. i. Les archers goths étoient à pied ; ils étoient peu instruits.

i 98 GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

chacune par leur manière particulière de combattre et de s'armer ^ Les Goths et les Vandales étoient redoutables l'épée à la main ; les Huns étoient des archers admirables; les Suèves de bons hommes d'infanterie ; les Alains étoient pesamment armés; et les Hérules étoient une troupe légère. Les Romains prenoient dans toutes ces nations les divers corps de troupes qui convenoient à leurs desseins , et combattoient contre une seule avec les avantages de toutes les autres.

Il est singulier que les nations les plus foibles aient été celles qui firent de plus grands établissements. On se tromperoit beaucoup si l'on jugeoit de leurs forces par leurs conquêtes. Dans cette longue suite d'incursions, les peuples barbares, ou plutôt les essaims sortis d'eux , détruisoient ou étoient détruits; tout dépendoit des circonstances : et, pendant qu'une grande nation étoit combattue ou arrêtée, une troupe d'aventuriers, qui trouvoient un pays ouvert, y faisoit des ravages effroyables. Les Goths , que le désavantage de leurs armes fit fuir devant tant de nations , s'établirent en Italie, en Gaule et en Espagne : les Vandales, quittant l'Espagne par foiblesse , passèrent en Afrique , où ils fondèrent un grand empire.

' Un passage remarquable de Jornandès nous donne toutes ces différences : c'est à roccasion de la bataille que les Gépides donnèrent aux enfants d'Attila.

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