‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 99 sur 129 · CHAPITRE XIX, Iq · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX, Iq

pensée. Tout ce système fut renversé par une révolution plus fatale que toutes les autres : l'armée d'Italie, composée d'étrangers, exigea ce qu'on avoit accordé à des nations plus étrangères encore : elle forma sous Odoacer une aristocratie qui se donna le* tiers des terres de l'Italie ; et ce fut le coup mortel porté à cet empire.

Parmi tant de malheurs on cherche avec une curiosité triste le destin de la ville de Rome. Elle étoit pour ainsi dire sans défense ; elle pouvoit être aisément affamée; l'étendue de ses murailles faisoit qu'il étoit très difficile de les garder ; comme elle étoit située dans une plaine, on pouvoit aisément la forcer; il n'y avoit point de ressource dans le peuple, qui en étoit extrêmement diminué. Les empereurs furent obligés de se retirera Ravenne, ville autrefois défendue par la mer, comme Venise l'est aujourd'hui.

Le peuple romain , presque toujours abandonné de ses souverains , commença à le devenir et à faire des traités pour sa conservation ' ; ce qui est le moyen le plus légitime d'acquérir la souveraine puissance. C'est ainsi que l'Armorique et la Bretagne commencèrent à vivre sous leurs propres iois 2.

' Du temps d'Honorias, Alaric, qui assiégeoit Rome , obligea cette ville à prendre son alliance, ^.ême contre l'empereur, qui ne put s'y opposer. Procope , Guerre des Goihs , liv.i. Voyez Zosime,Iiv.vi.

* Zosime, liv. vi.

MONTESQUIEU. T. H. l3

Telle fut la fin de l'empire d'Occident. Rome s'étoit agrandie parce qu'elle n'avoit eu que des guerres successives , chaque nation , par un bonheur inconcevable, ne l'attaquant que quand l'autre avoit été ruinée. Rome fut détruite , parce que toutes les nations l'attaquèrent à la fois et pénétrèrent partout.

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