CHAPITRE XX. 2o
comme les Samaritains et les Juifs. Les autres s'étoient répandues dans un pays, comme les sectateurs de Montan dans la Phrygie, les manichéens, les sabatiens, les ariens, dans d'autres provinces; outre qu'une grande partie des gens de la campagne étoient encore idolâtres, et entêtés d'une religion grossière comme eux-mêmes.
Justinien , qui détruisit ces sectes par l'épée ou par ses lois, et qui, les obligeant à se révolter, s'obligea à les exterminer, rendit incultes plusieurs provinces. Il crut avoir augmenté le nombre des fidèles; il n'avoit fait que diminuer celui des hommes.
Procope nous apprend que, par la destruction des Samaritains, la Palestine devint déserte: et ce qui rend ce fait singulier, c'est qu'on affoiblit l'empire , par zèle pour la religion , du côté par où, quelques règnes après, les Arabes pénétrèrent pour la détruire.
Ce qu'il y avoit de désespérant, c'est que, pendant que l'empereur portoit si loin l'intolérance , il ne convenoit pas lui-même avec l'impératrice sur les points les plus essentiels : il suivoit le concile de Chalcédoine; et l'impératrice favorisoit ceux qui y étoient opposés , soit qu'ils fussent de bonne foi, dit Évagre, soit qu'ils le fissent à dessein '.
• Liv. IV, chap. x.
Lorsqu'on lit Procope sur les édifices de Justinien , et qu'on voit les places et les forts que ce prince fit élever partout, il vient toujours dans l'esprit une idée , mais bien fausse , d'un état florissant.
D'abord les Romains n'avoient point de places : ils mettoient toute leur confiance dans leurs armées qu'ils plaçoient le long des fleuves , où ils élevoient des tours de distance en distance pour loger les soldats.
Mais, lorsqu'on n'eut plus que de mauvaises armées, que souvent même on n'en eut point du tout, la frontière ne défendant plus l'intérieur, il fallut le fortifier; et alors on eut plus de places et moins de forces, plus de retraites et moins de sûreté '. La campagne n'étant plus habitable qu'autour des places fortes , on en bâtit de toutes parts. Il en étoit comme de la France du temps des Normands'*, qui n'a jamais été si foible que lorsque tous ses villages étoient entourés de murs.
' Auguste avoit établi neuf frontières ou marches : sous les empereurs suivants le nombre en augmenta. Les Barbares se montroient là où ils n'avoient point encore paru. Et Dion, liv. 55, rapporte que de son temps, sous l'empire d'Alexandre, il y en avoit treize. On voit par la notice de l'empire , écrite depuis Arcadius et Honoîius, que, dans le seul empire d'Orient, il y en avoit quinze. Le nombre en augmenta toujours. La Pamphilie, la Lycaonie, la Pisidie, devinrent des marches; et tout l'empire fut couvert de fortifications. Aurélien avoit été obligé de fortifier Rome.
* Et des Anglois.