CHAPITRE IV
etLacédémone ; car pour lors il se joint à la sagesse d'un bon gouvernement toute la force que pourroit avoir une faction.
Les Carthaginois se servoient de troupes étrangères, et les Romains employoient les leurs. Comme ces derniers n'avoient jamais regardé les vaincus que comme des instruments pour des triomphes futurs, ils rendirent soldats tous les peuples qu'ils avoient soumis; et plus ils eurent de peine à les vaincre, plus ils les jugèrent propres à être incorporés dans leur république. Ainsi nous voyons les Samnites, qui ne furent subjugués qu'après vingtquatre triomphes', devenir les auxiliaires des Romains ; et quelque temps avant la seconde guerre Punique ils tirèrent d'eux et de leurs alliés , c'està-dire d'un pays qui n'étoit guère plus grand que les états du pape et de Naples, sept cent mille hommes de pied et soixante et dix mille de cheval pour opposer aux Gaulois^.
Dans le fort de la seconde guerre Punique, Rome eut toujours sur pied de vingt-deux à vingt-quatre légions; cependant il paroît, par Tite-Live, que le cens n'étoit pour lors que d'environ cent trentesept mille citoyens.
Cartilage employoit plus de forces pour atta-
' Flonis, liv. i,chap. xvi.
* Voyez Polybe. Le sommaire de Florus dit qu'ils levèrent trois cent mille hommes dans la ville et chez les Latins.
3o GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
quer, Rome pour se défendre : celle-ci, comme on vient de le dire, arma un nombre d'hommes prodigieux contre les Gaulois et Annibal qui l'attaquoient, et elle n'envoya que deux légions contre les plus grands rois; ce qui rendit ses forces éternelles.
L'établissement de Cartilage dans son pays étoit moins solide que celui de Rome dans le sien : cette dernière avoit trente colonies autour d'elle , qui en étoient comme les remparts ^ . Avant la bataille de Cannes, aucun allié ne l'avoit abandonnée; c'est ([ue les Samnites et les autres peuples d'Italie étoient accoutumés à sa domination.
La plupart des villes d'Afrique étant peu fortifiées, se rendoient d'abord à quiconque se présentoit pour les prendre : aussi tous ceux qui y dét>arquèrent, Agathocle, Régulus, Scipion, mirent-ils d'abord Cartilage au désespoir.
-. On ne peut guère attribuer qu'à un mauvais
gouvernement ce qui leur arriva dans toute la guerre que leur fit le premier Scipion : leur ville et leurs armées même étoient affamées, tandis que les Romains étoient dans l'abondance de toutes choses^.
Chez les Carthaginois, les armées qui avoient été battues devenoient plus insolentes ; quelque-
' Tite-Live, liv. xxvii, chap. ix et x.
» Voyez. Appien, lih. Ubyc. seu de rebits punicis, cap. xxv.