CHAPITRE V
mais il étoit arrivé des choses qui avoient fait que leur puissance s'étoit beaucoup affoiblie.
Séleucus, qui avoit fondé l'empire de Syrie, avoit , à la fin de sa vie , détruit le royaume de Lysimaque. Dans la confusion des choses , plusieurs provinces se soulevèrent : les royaumes de Pergame, de Cappadoce et de Bithynie se formèrent. Mais ces petits états timides regardèrent toujours l'humiliation de leurs anciens maîtres comme une fortune pour eux.
Comme les rois de Syrie virent toujours avec une envie extrême la félicité du royaume d'Egypte, ils ne songèrent qu'à le conquérir; ce qui fit que, négligeant l'Orient , ils y perdirent plusieurs provinces, et furent fort mal obéis dans les autres.
Enfin les rois de Syrie tenoient la haute et la basse Asie , mais l'expérience a fait voir que dans ce cas, lorsque la capitale et les principales forces sont dans les provinces basses de l'Asie, on ne peut pas conserver les hautes ; et que quand le siège de l'empire est dans les hautes, ons'affoiblit en voulant garder les basses. L'empire des Perses et celui de Syrie ne furent jamais si forts que celui des Parthes , qui n'avoient qu'une partie des provinces des deux premiers. Si Cyrus n'a voit pas conquis le royaume de Lydie, si Séleucus étoit resté à Babylone , et avoit laissé les provinces ma-
ritimes aux successeurs d'Antigone, l'empire des Perses auroit été invincible pour les Grecs, et celui de Séleucus pour les Romains. Il y a de certaines bornes que la nature a données aux états pour mortifier l'ambition des hommes. Lorsque les Romains les passèrent , les Parthes les firent presque tous périr ^ : quand les Parthes osèrent les passer, ils furent d'abord obligés de revenir; et, de nos jours, les Turcs, qui ont avancé au delà de ces limites, ont été contraints d'y rentrer.
Les rois de Syrie et d'Egypte avoient dans leur pays deux sortes de sujets; les peuples conquérants et les peuples conquis. Ces premiers , encore pleins de l'idée de leur origine , étoient très difficilement gouvernés; ils n'avoient point cet esprit d'indépendance qui nous porte à secouer le joug, mais cette impatience qui nous fait désirer de changer de maître.
Mais la foiblesse principale du royaume de Syrie venoit de celle de la cour , où régnoient des successeurs de Darius, et non pas d'Alexandre. Le luxe , la vanité et la mollesse qui en aucun siècle n'ont quitté les cours d'Asie , régnoient surtout dans celle-ci. Le mal passa au peuple et aux soldats, et devint contagieux pour les Romains mêmes, puisque la guerre qu'ils firent contre
• Pen dirai les raisons au chap. xv. Elles sont tirées en partie de la disposition géographique des deux empires.