‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 63 sur 129 · CHAPITRE XIII. I 2 î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. I 2 î

convénients du gouvernement républicain : mais lorsqu' Auguste fut une fois le maître , la politique le fit travailler à rétablir l'ordre, pour faire sentir le bonheur du gouvernement d'un seul.

Lorsqu' Auguste avoit les armes à la main , il craignoit les révoltes des soldats , et non pas les conjurations des citoyens ; c'est pour cela qu'il ménagea les premiers , et fut si cruel aux autres. Lorsqu'il fut en paix il craignit les conjurations; et ayant toujours devant les yeux le destin de César, pour éviter son sort il songea à s'éloigner de sa conduite. Voilà la clef de toute la vie d'Auguste. Il porta dans le sénat une cuirasse sous sa robe; il refusa le nom de dictateur : et au lieu que César disoit insolemment que la république n'étoit rien et que ses paroles étoient des lois , Auguste ne parla que de la dignité du sénat et de son respect pour la république. Il songea donc à établir le gouvernement le plus capable de plaire qui fût possible , sans choquer ses intérêts ; et il en fit un aristocratique par rapport au civil , et monarchique par rapport au militaire : gouvernement ambigu, qui, n'étant pas soutenu par ses propres forces, ne pouvoit subsister que tandis qu'il plairoit au monarque , et étoit entièrement monarchique par conséquent.

On a mis en question si Auguste avoit eu véritablement le dessein de se démettre de l'empire.

Mais qui ne voit que, s'il l'eût voulu , il étoit impossible qu'il n'y eût réussi ? Ce qui fait voir que c'étoit un jeu, c'est qu'il demanda tous les dix ans qu'on le soulageât de ce poids , et qu'il le porta toujours. G'étoient de petites finesses pour se faire encore donner ce qu'il ne croyoit pas avoir encore assez acquis. Je me détermine par toute la vie d'Auguste : et quoique les hommes soient fort bizarres , cependant il arrive très rarement qu'ils renoncent dans un moment à ce à quoi ils ont réfléchi pendant toute leur vie. Toutes les actions d'Auguste, tous ses règlements , tendoient visiblement à l'établissement de la monarchie. Sylla se défait de la dictature : mais dans toute la vie de Sylla , au milieu de ses violences , on voit un esprit républicain; tous ses règlements, quoique tyranniquement exécutés, tendent toujours à une certaine forme de république. Sylla , homme emporté, mène violemment les Romains à la liberté : Auguste , rusé tyran ', les conduit doucement à la servitude. Pendant que , sous Sylla , la république reprenoit des forces, tout le monde crioit à la tyrannie : et pendant que, sous Auguste, la tyrannie se fortifioit, on ne parloit que de liberté. La coutume des triomphes, qui avoient tant

' J'emploie ici ce mot dans le sens des' Grecs et des Romains, qui donnoient ce nom à tous ceux qui avoient renversé la démocratie.

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