‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 86 sur 129 · CHAPITRE XVII, l6g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII, l6g

continua d'attirer à elle les richesses d'Alexandrie, qui recevoit elle-même celles de l'Afrique et de l'Orient , l'or et l'argent devinrent très communs en Europe ; ce qui mit les peuples en état de payer des impôts très considérables en espèces.

Mais , lorsque l'empire eut été divisé, ces richesses allèrent à Constantinople. On sait d'ailleurs que les mines d'Angleterre n'étoient point encore ouvertes ^ ; qu'il y en avoit très peu en Italie et dans les Gaules ^; que, depuis les Carthaginois, les mines d'Espagne n'étoient guère plus travaillées , ou du moins n'étoient plus si riches ^. L'Italie, qui n'avoit plus que des jardins abandonnés, ne pouvoit par aucun moyen attirer l'argent de l'Orient, pendant que l'Occident, pour avoir de ses marchandises, y envoyoit le sien. L'or et l'argent devinrent donc extrêmement rares en Europe : mais les empereurs y voulurent exiger les mêmes tributs; ce qui perdit tout.

Lorsque le gouvernement a une forme depuis long-temps établie, et que les choses se sont mises dans une certaine situation, il est presque

' Tacite, de Moribus Germanorum , le dit formellement. Ou sait d'ailleurs à peu près l'époque de l'ouverture des mines d'Allemagne. Voyez Thomas Sesréibérus, sur l'origine des mines du Hartz. On croit celles de Saxe moins anciennes.

• Voyez Pline , liv. xxxvii , art. i-xxvii.

^ Les Carthaginois, dit Diodore, surent très bien l'art d'en profiter, et les Romains celui d'empêcher que les aulres n'en profitassent.

toujours de la prudence de les y laisser; parce que les raisons souvent compliquées et inconnues qui font qu'un pareil état a subsisté font qu'il se maintiendra encore : mais , quand on change le système total , on ne peut remédier qu'aux inconvénients qui se présentent dans la théorie , et on en laisse d'autres que la pratique seule peut faire découvrir.

Ainsi, quoique l'empire ne fût déjaque trop grand , la division qu'on en fit le ruina , parce que toutes les parties de ce grand corps, depuis longtemps ensemble , s'étoient pour ainsi dire ajustées pour y rester et dépendre les unes des autres.

Constantin ' , après avoir affoibli la capitale , frappa un autre coup sur les frontières; il ôta les légions qui étoient sur le bord des grands fleuves, et les dispersa dans les provinces : ce qui produisit deux maux ; l'un que la barrière qui contenoit tant de nations fut ôtée ; et l'autre , que les soldats ^ vécurent et s'amollirent dans le cirque et dans les théâtres ^.

' Dans ce qu'on dit de Constantin on ne choque point les auteurs ecclésiastiques qui déclarent qu'ils n'entendent parler que des actions de ce prince qui ont du rapport à la piété , et non de celles qui en ont au gouverne i-.ient de l'état. Eusèbe, Fie de Constantin, liv. I, cliap. IX. Socrate,liv. i, cliap. i.

* Zosime , liv. viii.

3 Depuis l'établissement du christianisme , les combats des gladiateurs devinrent rares. Constantin défendit d'en donner: ils furent

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