‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 98 sur 129 · CHAPITRE XIX. igi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. igi

l'Occident. 11 se fit un reflux, de nations et un transport de peuples de ce coté-là. Les passages de l'Asie étant mieux gardés, tout refouloit vers l'Europe; au lieu que , dans la première invasion , sous Gallus, les forces des Barbares se partagèrent.

L'empire ayant été réellement divisé, les empereurs d'Orient qui avoient des alliances avec les Barbares ne voulurent pas les rompre pour secourir ceux d'Occident. Cette division dans l'administration , dit Priscus ^ , fut très préjudiciable aux affaires d'Occident. Ainsi les Romains d'Orient' refusèrent à ceux d'Occident une armée navale à cause de leur alliance avec les Vandales. Les Wisigoths , ayant fait alliance avec Arcadius , entrèrent en Occident, et Honorius fut obligé de s'enfuir àRavenne ^, Enfin Zenon, pour se défaire deThéodoric , le persuada d'aller attaquer l'Italie, qu'Alaric avoit déjà ravagée.

Il y avoit une alliance très étroite entre Attila et Genséric roi des Vandales 4. Ce dernier craignoit les Goths ^ : il avoit marié son fils avec la fille du roi des Goths; et, lui ayant ensuite fait couper le nez , il l'avoit renvoyée : il s'unit donc avec Attila. Les deux empires , comme enchaînés

' Priscus, liv. il.

' Idem, ibid.

^ Procope , Guerre des Vandales.

4 Priscus, liv. ir.

5 Voyez Jornandès, de rébus geticis , chap. xxxvi.

par ces deux princes , n'osoient se secourir. La situation de celui d'Occident fut surtout déplorable : il n'avoit point de forces de mer; elles étoient toutes en Orient * , en Egypte , Chypre , Phénicie , lonie, Grèce, seuls pays où il eût alors quelque commerce. Les Vandales et d'autres peuples attaquoient partout les côtes d'Occident. Il vint une ambassade des Italiens à Constantinople , dit Priscus ^ , pour faire savoir qu'il étoit impossible que les affaires se soutinssent sans une réconciliation avec les Vandales.

Ceux qui gouvernoient en Occident ne manquèrent pas de politique : ils jugèrent qu'il falloit sauver l'Italie , qui étoit en quelque façon la tête et en quelque façon le cœur de l'empire. On fit passer les Barbares aux extrémités, et on les y plaça. Le dessein étoit bien conçu, il fut bien exécuté. Ces nations ne demandoient que la subsistance : on leur donnoit les plaines; on se réservoit les pays montagneux, les passages des rivières, les défilés, les places sur les grands fleuves; on gardoit la souveraineté. Il y a apparence que ces peuples auroient été forcés de devenir Romains ; et la facilité avec laquelle ces destructeurs furent eux-mêmes détruits par les Francs, par les Grecs, par les Maures, justifie assez cette

• Cela parut surtout dans la guerre de Constantin et de Licinius.

* Priscus, liv. ii.

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