ACTE V, SCÈNE III. 22'i
GLEOBULE.
Non f elle ignore encor que tu sois arrêté ; Mais ose en sa faveur te mettre en liberté; Ose te dérober aux fureurs de Marcelle > Et Placide t'enlève en Egypte avec elle , Où son cœur généreuic te laisse entre ses bras Être avec sûreté tout ce que tu voudras.
DIDYME
Va, dangereux ami, que l'enfer me suscite.
Ton damnable artifice en vain me sollicite :
Mon cœur, inébranlable aux plus cruels tourments, A presque; été surpris de tes chatouillements ; Leur mollesse a plus fait que le fer ni la, flamme; Elle a frappé mes sens, elle a brouillé mon ame ; Ma raison -s'est troublée, et mon foible a paru : Mais j'ai dépouillé l'homme , et Dieu m'a secouru. Va revoir ta parente , et dis-lui qu'elle quitte - Ce soin de me payer par-delà mon mérite.
Je n'ai rien fait pour elle , elle ne me doit rien; Ce qu'elle juge amour n'est qu'ardeur de Chrétien : C'est la connoître mal que de la reconnoitre; Je n'en veux point de prix que du souverain maître; Et comme c'est lui seul que j'ai considéré , C'est lui seul dont j'attends ce qu'il m'a préparé. Si pourtant elle croit me devoir quelque chose , Et peut avant ma mort souffrir que j'en dispose, Qu'elle paie à Placide , et^che à conserver Des jours que par les miens je lui viens de sauver ; Qu'elle fuie avec lui, c'est tout ce que veut d'elle
1224 THÉODORE
Le souvenir mourant d'une flamme si belle.
Mais elle-même vient ^ hélas! à quel dessein?