‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 157 sur 240 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Un grand cœur cède un trône, et le cède avec gloire | Cet ej£)rt de vertu couronne sa mémoire :

Mais lorsqu'un digne objet a pu nous enflammer^ Qui le cède est un lâche , et ne. sait pas aimer. * De tous deux Rodogune a cbarmé le courage; Cessons par trop d'amour de lui faire un outrage : Elle doit épouser, non pas vous, non pas moi. Mais de moi, mais de vous, quiconque sera roi. La couronne entre nous flotte encore incertaine ; Mais sans incertitude elle doit être reine :

Cependant, aveuglés dans liotre vain projet.

Nous la faisions tous deux la femme d'un sujet î . Régnons ; l'ambition ne peut être que belle , Et pour elle quittée, et reprise pour elle; Et ce trône , où tous deux nous osions renoncer ,

1 Cette maxime n*es^-elle pas epcoi» pina conrenablê i un berger qu'à, un pria ce? Qui cède sa maUr^sse est un i4che, e4 ne 9aif pat aimer i et qui cède un trône est un grand coeur. Avoaoa3 i^ue ni dans Cyriis ni dans Clé fie on iïe trouve point de sentences amoureuses d'une Jiemblable afieterie. Louis Radûie , fils de rimiiiortel Jean Racine, s'éiévp avec force contre cçs idées, dans son Tf^ité de la Poésie , page 3155 ,.et ajoute : « La femme qui mérite ce grand sacri- « fice est cependant une femme très peii estimable ; et Ton peut re- (( marquer que, dans les tragédies' de Cofneille, toutes' ces femmes (c adorées par leurs amants sont, par les qualités de leur âme, des « femmea tràs CQmmtines; ce n^esl^qoe par la beauté que Cléopâlre « captive César , et qu'Émitie -a tooi: empise sur Cin|ia. »

Cet auteur judicieux en excepte saas doute Fjuiline , qui immole si noblement son amour à son devoir.

Ajoutons à cette remarque que les deux frères disent leurs secrets devant deux subalternes, et que Timagène est le confident des amours des deux frères. Comment des deux frères , qui' sent si unis ^ ne se sont-ils pas avoué ce qu'ils ont avoué à un domestique ?

aSo RODOGUSTE.

^uhàitoii»4e tous deux^ afin de l'y placer :

C'est d^ns notre destin le seul conseil à prendre i Nous pouvons nous en plaindre , et nous devons l'attendre

SlÊLEtJCTJS*

Il faut encor plus faire, il faut qu'en ce grand jour Notre amitié triomphe aussi-bien que l'amour.

Ces deux siëges fameux de Thèbes et de Troie, ' Qui mirent l'une en sang, l'autre aux flanmies en proie, * N'eurent pour fondement à leurs maux infinis ,Que ceux que contre nous le sort a réunis.

Il sème entre nous deux toute la jalousie Qui dépeupla la Grèce et saccagea l'Asie; Un même espoir du sceptre est permis à tous deux ; Pour la même beauté nous faisons mêmes vœux.

Thèbes périt pour l'un , Troie a brûlé pour l'autre. Tout va choir en ma main, ou tomber en la vôtre. ' En vain votre amitié tâchoit à partager ; Et, si j'ose tout dire, un titre assez léger. Un droit d'aînesse obscur, sur la foi d'une mère. Va combler l'un de gloire , et l'autre de misère. Que de sujets de plainte en ce double intérêt Aura le malheureux, contre un si foible arrêt !

' Lea citations, des siégea de Troie et de Thèbes sont peutnêtre étrangères à ce qui se passe : ne pourrait-on paa dire , Nonerai hit estempUs , his aennonibua loeua ?

^ On ne met point eA sang une ville , on ne la met point en proie; ou la livre , on l'abandonne en proie.

3 Le mot de choir, même du temps de Corneille, ne pouvait être employé pour tomber, en partage.

Page 1