RODOGUNE, LAONICE
RODOGUIfE.
Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace ,
Et coule dans ma joie une secrète glace : *
Je tremble, Laonice, et le voulois parler.
Ou pour chasser ma crainte , ou pour m'en consoler. *
LAONICE
Quoi ! madame, en ce jour pour vous si plein de gloire?
Ce jour m'en promet tant, que j'ai peine à tout croire.
La fortime me traite avec trop de respect; ^
Et le trône et l'hymen, tout me devient suspect.
L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice.
Le trône sous mes pas creuser un précipice ; ^
Je vois de nouveaux fers après les miens brisés,
* Coule une glace n'est pas du style noble, et la glace ne coule point.
^ Cet en se rapporte à la crainte par la phrase ; il semble qu'elle veuille se consoler de sa crainte, n faut éviter soigneusement ces amphibologies.
^ La fortune he traite point avec respect: toutes ces expressions impropres , hasardées , lâches , négligées , employées seulement pour la rime , doivent être soigneusement bannies.
4 La poésie française marche trop souvent avec le secours des antithèses , et ces antithèses ne sont pas toujours justes : comment un Jiymen cache^'t^H un supplice? comment un trône creuse^t-ii un