ACTE I, SCÈNE VIL
Et je prend» tous ces biens pour des maux dëgtdsës : • En un mot y je crains tout jàe l'esprit de la reiâe«
LAONICE
La paix qu'elle a jurée en a calmé la haine. ^
RODOGUTTE.
La haine entre les grands se calme rarement; La paix souvent n'y sert que d'un amusement ; * Et , dant l'état où j'entre , à te parler sans feinte , ^ Elle a. lieu de me craindre, et je crains cette crainte. ^ Non qu'enfin je ne donne au bien des deux états Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats : ^
précipice ? Le précipice peut être creusé sous le trône , et non par lui.
L'antithèae dea premiera fera et des' nouveaux , des biens et deè maux , vient ensuite. Cette figure tant répétée est une puérilité dans un rhéteur , à plus forte raison dans une princesse.
1 On ne doit jamais se servir de la particule en dans ce cas-ci ; il fallait, ia paix qu'elle a f urée a dû calmer aa haine * .' cet en n'est pas français ; on ne dit point , /en crains le courroux , /en vois r amour, pour 70 crains son courroux , Je vois son amour,
* Ces réflexions générales et politiques sont - elles d'une jeune femme ? Qu'est-ce que ia paix qui sert d'amusement à, la haine ?
3 On n'entre point dans un état ; cela est prosaïque et impropre.
4 Cela ressemble trop à un vers de parodie.
5 Elle n'a point parlé de ces attentats : l'auteur les a en vue ; il répond à son idée : mais Rodogune , par ce mut tels , suppose qu'elle a dit ce qu'elle n'a point dit. Cependant le spectateur est si instruit des attentats de Cléopâtre , qu'il entend aisément ce que Rodugun» veut dire. Je ne remarque cette négligence , très légère , que pour faire voir combien Texactitqde du st^le est nécessaire.
* Yoili une de ces corrections heoreuses que les comédiens devraient s^empresser d*adopter. P.
290 RODOGUWE.
J'oublie et pleinement toute mon aventure; Mais une grande offense est de cette nature > * Que toujours son auteur impute à l'offensé ' Un vif ressentiment dont il le croit blessé ; *. £t^ quoiqu'en apparence on les réconcilie , Il le craint y il le hait , et jamais ne s'y fie ; Et, toujours alarmé de cette illusion, Sitôt qu'il peut le perdre , il prend l'oGeasion* Telle est pour moi la reine.
LAONICE
Ah I madame , je jure Que par ce faux soupçon vous lui faites injure. Vous devez oublier un désespoir jaloux Où força son courage un infidèle époux. ^
X Maxime toujours trop générale , dittertation |»Qlitîque qui est un peu longue, et qui n'est pas exprimée avec assez d'élégance et de force. De cette nature que,,.. Jamais ne s'y fie » etc. : il vaut toujours mieux faire parler le sentiment ; c'est là le défaut ordinaire de Corneille : Rodogune se plaignant de Cléopâtré, et exprimant ce qu'elle craint d'un tel caractère , ferait bien plus d'effet qu'une dissertation. Pcut-élre que Comeilic a vaulu pi^parer on peu pj»r ce ton politique la proposition atroce que fera Rodoguna à. ses aiaans i mais aussi toutes ces sentences , dans le goût de Machiavel , ne préparent point aax tendresses de Tamour , et à ce caractère d'innocence timide que Rodogone preildra bientôt : cela fait voir combien cetle pièce était difficile à faire , et de quel embarras l'auteur a eu à se tirer.
. * Blessé d'un ressentiment I Une injure blesse ; et le ressentiaient est la blessune même.
* 3 Oublier *un désespoir / et un désespoir Jaloux , om un infidèle éfpoux a forcé son courage ! Presque toutes les scènes de ce premier acte sont remplies de bsrrbarismes ou desoléciames intolérableii. Est-ce là l'auteur des belles scènes de Cinna ?