ACTE II, S.CÈNE IL 3oi
Vois, vois qoe^ tant que l'ordre eii denkeuredmtteox^ Aucun des deux ne règne , et je règne^pouf eux : Quoique ce soit un bien que l'un et l'autre attendef ^ De crainte dé le perdre aucun ne le demande j Cependant je possède^ et leur droit incertain Me laisse avec leur ^ort leur sceptre dans la main. ^ Voilà mon grand secret. Sais-tu par quel mystère Je les laissois tous deux en dépôt chez mon frère ? *
LAONIGE.
J'ai cru qu'Antiochus les tenoit éloignés Pour jouir des états qu'il avoit regagnés.
6LÉOPATRE.
Il occupoit leur trône , et craignoit leur présence , Et cette juste crainte assuroit ma puissance. Mes ordres en étoient de point en point suivis Quand je le menaçois du retour de mes fils :
Voyant ce foudre prêt à suivre ma colère , ' Quoi qu'il me plût oser ^ il n'osoit me déplaire j *
leurs parens; mais/9 cache hur rang n'exprime pas/tf cache qui des deux a ie droit d'ainease , et c'est ce dont il s'agit.
1 3e possède demande un régime : Jouir est neutre quelquefois ; posséder ne l'est pas : cependant je crois que cette hardiesse est très permise , et fait un bel effet.
* Il semble que Gléopâtre se ÙLsae un petit plaisir de faire valoir ces méchancetés à une tille qu'elle regarde comme un esprit peu écJairé. On ne' doit jamais faire de confidences qu'à ceux qui peuvent nous servir dans ce qu'on leur confie , ou à des amis qui arrachent un secret.
3 Ce foudre peut-il convenir à des enfans en bas âge?
4 Toute répétition qui n'enchérit pas doit être, évitée.
3oa RODOGUNE.
Et content malgré lui du vain titre de roi^
S'il régnoit au lieu d'eux, ce n'étoit que sous moi*
Je te dirai bien pitis. Sans violenbe aucune ^
J'aurois vu Nicailor épouser Rodogune ,
Si, content de lui plaire et de me dédaigner,
Il eût vécu cbez elle en me laissant régner.
Son retour me fâchoît plus <}ue son h3rménée , ^
Et j'aurôis pu l'aimer s'il ne l'eût couronnée. ^
Tu vis comme il y fit des efforts superflus :
Je fis beaucoup alors, et feroi^ encor plus^
S'il étoit quelque voie, infânae ou légitime,
Que m'enseignât la gloire, ou que m'ouvrît le crime,^
Qui me pût conserver un bien que j'ai chéri
> Cet aucune à la fin d'un vers n'est toléré que dans la comédie. Ou peut voir une chose sans cdlére , sans dépit , sans ressentiment : le mot de violence n'«si pas le UMit propre.
' Ce mot fdc?i€r ne doit jamais entrer dans la tragédie.
3 n ne Fa point couronnée, il a voulu la couronner; ou , s'il Va. épousée en effet , Rodogune veut donc épouser le fils de son mari : cette obscurité n'est point éclaircie dans la pièce. *
^ Il y fit des efforts; je fia beaucoup alore , et feroia eneor plus» Que de négligences!
^ Infâme est trop fort. Un défaut trop commun au théâtre , avant Racine , était de faire parler les méchans princes comme on parle d'eux , de leur faire dire i][u'ils sont méchans et exécrables : cela est
* Cette prétendue obscurité n'existe que pour ceux qui auraient lu la pièce sans aucune attention. Eelisez (acte I, scène VI ) le récit de Laonice à Timagène : il est évident que Nicanor voulait épouser Rodogune , sons les yeux même de Cléopâtre , et déshériter en même temps les fils qu'il avait eus d'elle ; mais il périt alors , ou de la main de Cléopâtre , on dans une embûche qu'elle lui avait dressée. P.