‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 177 sur 240 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CLÉOPATRE, AîfTIOCflUS, SÉLEUCUS,

CLSOPATRE.

Mes enfants^ prenez place. Enfin voici le jour, *

Si doux à mes souhaits , si cher à mon amour.

Où je puis voir briller sur une de vos têtes

Ce que j'ai conservé parmi tant de tempêtes.

Et vous remettre un bien, après tant de malheurs,

Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs.

Il peut vous souvenir quelles furent mes larmes

Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes^

Que, pour ne vous pas voir exposés à ses coups.

Il fallut me résoudre à me priver de vous.

Quelles peines depuis, grands dieux , n'ai-je souffertes !

Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.

Je vis votre royaume entre ces murs réduit ;

Je crus mort votre père j et sur un si faux bruit

Le peuple mutiné voulut avoir un maître.

J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître.

Il fallut satisfaire à son brutal désir, •

a n faut éviter ces répétitions , à moins qu'on ne les emploie cpmme une figare, comme un trope qui doit augmenter l'intérêt; mais ici ce n'est qu'une négligence.

* Brutal déêir est bas ^ et convient à toute autre chose ^u'au désir d'avoir pn roi.

3o8 RODOGUNE.

Et, de peur qu'il n'en prit, il m'en fallut choisir. ■

Pour vous sauver Jétad que n'eussé-jè pu faire? *

Je choisis un époux avec des yeux de mère ,

Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui ^

Votre trône tombant trouyeroit un appoi :

Mais à peine son bras en relève la chute,

Que par lui de nouveau le sort me persécute ; '

Maître de votre état par sa valeur, sauvé ,

Il s'obstine à remplir ce trône relevé :

Qui lui parle de vous attire sa menace.

Il n'a défait Tryphion que pour prendre sa place ;

Et de dépositaire et de libérateur

Il s'érige en tyran et lâche usurpateur.

Sa main l'en a puni : pardonnons à son ombre ;

Aussi-bien en un seul voici des maux sans nombre.

Nicanor votre père , et mon premier époux....

Mais pourquoi lui donner éncor des noms si doux ,

Puisque, l'ayant cru mort, il sembla ne revivre

> Il £iat , dans la rigueur , de peur qu'il n'en prit un , parce qu'il s'agit ici d'un roi , et non pas d'un nom générique.

a Ce n'est pas irançais : on ne peut dire,/> vou^ sauvai l*étal, le peuple , la nalion , au lieu àjsjè consertHii vos droits ; on dit , Je vous ai sauvé votre fortune , parce que celte fortune vous appartenait , vous la perdiez sans ULoi; /ai sauvé l'état, mais non Je vous ai sauvé l'état.

3 On ne relève point une cliute ; on relève un trône tombé. Le reste du discours de Cléopâtre est très artificieux , et plein de grandeur. Il semble que Racine l'ait pris en quelque chose pour modèle du grand discours d'Agrippine à Néron : mais la situation de Cléopâtre est bien plus frappante que celle dfAgrippine, ^intérêt est beaucoup plus grand , et la scène bien autrement intéressante.

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