‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 179 sur 240 · ACTE n, SCÈNE III. 3ii · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE III. 3ii

Un fils est criminel quand jl les examine ; Et^ quelque suite enfin que le eiel y destine ,^ J'en rejette l'idée, et crois qu'en ces malheurs Le silence ou l'oubli nous sied mieux que les pleurs» Nous attendons le sceptre avec .même espérance : Mais si nous l'attendons , c'est sans impatience ; Nous pouvons sans régner vivre tous deux contents, C'est le fruit de vos soins , jouissez-en long-temps : . Il tombera sur nous quand vous en serez lasse; Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce; Et l'accepter sitôt semble nous reprocher De n'être revenus que pour vous l'arracher.

SELEUCUS

rajouterai^ madame, à ce qu'a dit mon frère* Que, bien qu'avec plaisir et l'un et l'autre espère, ' L ambition n'est pas notre plus grand désir. * Régnez , nous le verrons tous deux avec plaisir ; Et c'est bien la raison que pour tant de puissance Nous vous rendions du moins un peu d'obéissance, ^

expresâons un peu triviales ne sont pas dignes du style tragique, n en faut dire autant de la siUte que ie ciel destine à aea noires couleurs,

* Le ciel qui destine une mite .'

^ Séleucus ne parle pas si bien que son frère ; il dit , /ajouterai , et il n'ajoute rien»

3 Que bien qu*avec est trop rade à l'oreille ; on ne dit point , et l'un et Vautre , à moins que le premier et ne lie la phrase.

^ L'ambition est une passion , et non un désir.

^ C'est bien la raison est du style de la comédie. Pour tant de

3ia RODOGUNE.

Et que celui de nous doni leeiel a ùat choix

Sous votre ^illustre exemple apprenne l'art des rois.

cleopatre; Dites tout, mes enfants : vous fuyez la couronne , Non que son trop d'éclat ou son poids vous étonne ; L'unique fondement de cette aversion , C'est la honte attachée à sa possession.* Elle passe à vos yeux pour la même infamie.

S'il faut la partager avec notre ennemie, * Et qu'un indigne hymen la fasse retomber Sur celle qui venoit pour vous la dérober. *

puissance ne forme pas un sens net; est-ce pour la puissance de la reine? es^'ce pcMiT la puissance de ses enfans qui n'en ont aucune? est-ce pour celle qu'aura Vun d'eux?

' Ces vers ne forment aucun sens; la honte passe à vos yeux pour la même infamie, si un indigne hymen la fait retomber sur celle qui Tenait , etc. Le défaut rient principalement de la même infamie , qui n'est pas français , et dé ce que ce pronom eUe , qui se rapporte par le sens à couronne ,. est joint à honie par la construction.

* Est-il vraisemblable que Cléopâtre n'ait pas soupçonné que ses enfans pouvaient aimer Rodogune'*'? peut-elle imaginer qu'ils ne veulent point régner avec Rodogune , parce que leur père a voulu autrefois l'épouser? Rodogune sera-t-elle autre chose que femme du roi? Celui qui régnera tiendra-tr>il d'elle la couronne? doit-elle s'écrier : O mère trop heureuse ! cet artifice n'est-il pas un peu gros-

* Non seulement Cléopâtre peut ignorer la passioti db ses fils ^ mais même elle peut douter qu'ils aient assez remarqué Rodognue pour qn^elle ait pu faire sur eux une impression bien profonde. Elle n*est sortie de prison que depuis très peu de temps , et l'arrivée des deux princes à Séleucie n'est pas mpini récente : Cléppâtre n'a donc aucune raison de soupçonner un amour, que d'ailleurs ils ont pris tant de soin de cacher. P.

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