ACTE II, SCÈNE IIL 3i
O nobles sentimenis d'une âme généreuse 1 O fils vraiment mes^ fils I ô tnère trop heureuse! Le sort de votre père enfin est éclairci :
Il étoit innooent , et je puis l'être aussi; Il vous aima toujours^ et ne (ut mauvais père ' Que charmé par la sœur , ou forcé par le frère ; , Et dans cette embuscade , où son effort fut vain , Rodogune , mes fils ^ le tua par ma main. * Ainsi de cet amour la fatale puissance Vous coûte votre père, à moi, mon innocence; * Et si ma main pour vous n'a voit tout attenté, L'effet de cet amour vous auroit tout coûté.
Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime, ' Lorsque vous punirez la cause de mon crime.
De cette même main qui vous a tout sauvé Dans son sang odieux je l'aurois bien lavé ; . Mais comme vous aviez votre part aux offenses , Je vous ai réservé votre part aux vengeances ;
sier? ne sent-on pas que Cléopâtre cherche un vain prétexte que U raison désavoue ? si ses deux fils étaient des imbéciles , parleraitelle autrement?. Que ce second discours de Cléopâtre est au-dessous du premier! Sur celle qui venait , expression incorrecte et familière.
■ Cette fkusse té est trop sensible et trop révoltante ; et c'est bien là le cas dédire, Qui prouve trop ne prouve rien.
A J}e cet amour ne 69 rapporte à rien ; elle entend Tamoar qu6 Nicanor avait en pour Rodogune.
3 you8 me rendrez l'estime ne peut se dire comme voua me ren-; drez r innocence : car Tinnocence appartient à la personne , et l'estime est le Sentiment d'autrui. Voujb me rendez mon innocence , mé raison , mon repos y ma gloire , mais non pas mon estime. <
3i4 RODOGUNE.
Et, pour ne tenir plus en suspens vos esprits. Si vous voulez régner, le trône est à ce prix. * Entre deut fils que j'aime avec même tendresse Embrasser ma querelle est le seul droit d'atnesse; La mort de Rodogune en nommera l'aine.
■ La proposition de donner le trône à qui assassinera Rodogune est-elle raisonnable ^? Toal doit être vraisemblable dans une tra« gédie. Est-il possible qne Cléopâtre , qni doit connaître les hommes , ne sache pas qu'on ne fait point àb telles propoôtiona aans avoir de très forteé raisons de croire qu'elles seront acceptées? je dis plus; il faut que ces choses horribles soient absolument nécessaires. Mais Cléopâtre n'est point réduite à faire assassiner Rodogune , et encore moitîs à la faire assaninêr par tes fils : elle Tiont de dire que le Farthe est éloigné , qu'elle est sans aucun danger : Rodogune est en sa puissance. Il parait donc absolument contre la raison que Cléopâlre invite à ce crime ses deux enfans dont elle doit vouloir être respectée. Si elle a tant d'envie de tuer Rodogune , elle le peut, sans recourir à aea enfans. Cependant cette proposition si peu préparée , si extraordinaire , prépare des événemens d'un si grand tragique y que le spectateur a toujours pardonné cette atrocité , quoiqu'elle ne soit ni dans la vérité historique, ni dans la vraisemblance. Ija situation
* Cette proposition peut n^étrt pas raisonnable > car une passion violente ne raisonne pas ; mais elle est vraisemblable de la part d*ane femme qni a tué son mari de sa propre main , et qni est capable de tout sacrifier i son ambition. Elle se souvient que, dans le temps où Tryphon ravageait la Syrie , le peuple , qni n'obéissait qn'à regret k une femme , voulut la forcer, et la força en effet à se donner un maître. Elle a lien de craindre qne ce peuple , i qoi elle a promis de nommer un roi , et qni l'attend ce jour-là même , ne se révolte contre elle , si elle osait éluder sa promesse. Cependant, si elle nomme un roi , Rodogune règne. C'est la condition dn traité qu'elle a fait a?ec les Parthes ; et ce traité, qu'elle a renda pnblie , elle n'ose le violer oovertement : elle ?ent en laisser le crime et le danger à celui de ses fils qu*elle nommera roi , et qni pourra la mettre à l'abri du ressentiment dn peuple. Vindicative , et plus ambitieuse encore , elle a lien de croire que l'offre d^nne couronne séduira dn moins un de ses ^U. P.