SÉLEUCUS, ANTIOCHUS
SÉLEUCUS
Est-il une constance à l'épreuve du foudre Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre? '
ANTIOCHUS
Est-il un coup de foudre à comparer aux coups
■ Voilà donc encore un foudre dont un arrêt met un espoir en
poudre; et Antiochus répond par écho à cette figure incohérente :
nouvelle preuve du peu de soin qu'on prenait alors de châtier son
style. Despréaux est le premier qui ait appris comment on doit ton-
jours parler en vers. La douleur respectueuse d' Antiochus est aussi
contraire à l'histoire qu'à la politique ordinaire des princes. Flusiettra
ont fait enfermer leurs mères pour de bien moindres crimes. Cléo-
pâtre vient d'avouer à ses enfans qu'elle a assassiné leur père ; elle
veut les forcer à assassiner leur mahresse ; elle doit être à leurs yeux
infiniment plas coupable que Clytemnestre ne le fut pour Oreste.
Est-ce là le cas de aire, J'aime ma mère ? Mais ce sentiment d'amour
respectueux pour une mère est si profondément gravé dans tous les
cœurs bien faits , que tous les spectateurs pensent comme Antioclius.
Telle est la magie de la poésie ; le poêle tient les cœurs dans sa main :
il peut y s'il veut , peindre Antiochus comme un Oreste ; et alors le
public s'intéressera à sa vengeance : il peut le peindre comme un
/prince sévère et juste , qui, pour le bien de son état, veut ôter le
gouvernement à une femme homicide, le fléau de ses sujets; alors
\es spectateurs applaudiront à sa justice : il peut le peindre soumis,
respectueux , attaché à sa mère autant qu'indigné ; et alors le publie
partage les mêmes sentimens. Cette dernière situation est la seule
convenable à la construction de cette tragédie , d'autant plus qu'An-*
tiochus est représenté comme un jeune homme soumis; mais aussi
son caractère est sans force.