‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 183 sur 240 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS

SÉLEUCUS

Est-il une constance à l'épreuve du foudre Dont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre? '

ANTIOCHUS

Est-il un coup de foudre à comparer aux coups

■ Voilà donc encore un foudre dont un arrêt met un espoir en

poudre; et Antiochus répond par écho à cette figure incohérente :

nouvelle preuve du peu de soin qu'on prenait alors de châtier son

style. Despréaux est le premier qui ait appris comment on doit ton-

jours parler en vers. La douleur respectueuse d' Antiochus est aussi

contraire à l'histoire qu'à la politique ordinaire des princes. Flusiettra

ont fait enfermer leurs mères pour de bien moindres crimes. Cléo-

pâtre vient d'avouer à ses enfans qu'elle a assassiné leur père ; elle

veut les forcer à assassiner leur mahresse ; elle doit être à leurs yeux

infiniment plas coupable que Clytemnestre ne le fut pour Oreste.

Est-ce là le cas de aire, J'aime ma mère ? Mais ce sentiment d'amour

respectueux pour une mère est si profondément gravé dans tous les

cœurs bien faits , que tous les spectateurs pensent comme Antioclius.

Telle est la magie de la poésie ; le poêle tient les cœurs dans sa main :

il peut y s'il veut , peindre Antiochus comme un Oreste ; et alors le

public s'intéressera à sa vengeance : il peut le peindre comme un

/prince sévère et juste , qui, pour le bien de son état, veut ôter le

gouvernement à une femme homicide, le fléau de ses sujets; alors

\es spectateurs applaudiront à sa justice : il peut le peindre soumis,

respectueux , attaché à sa mère autant qu'indigné ; et alors le publie

partage les mêmes sentimens. Cette dernière situation est la seule

convenable à la construction de cette tragédie , d'autant plus qu'An-*

tiochus est représenté comme un jeune homme soumis; mais aussi

son caractère est sans force.

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