‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 184 sur 240 · ACTE II, SCÈNE IV. Sig · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV. Sig

Que ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?

SELEUCUS

haines y ô fureurs dignes d'une Mégère !

fenune, que je n'ose appeler eneor mère!

Après que tes forfaits ont régné pleinement^ Ne saurois-tu souffrir qu'on règne innocemment? Quels attraits pento»-tu qu'ait pour nous la couronne. S'il faut qu'un crime ^1 par ta main nous la donne? Et de quelles horreurs nous doit-elle combler. Si pour monter au trône il faut te ressembler?

ANTIOCHUS

Gardons plus de respect aux droits de la nature , Et n'imputons qu'au sort notre triste aventure : Nous le nommions cruel ; mais il nous étoit doux Quand il ne nous donnoit à combattre que nous. Confidents tout ensemble et rivaux l'un de l'autre , Nous ne concevions point de niai pareil au nôtre; Cependant, à nous voir l'un de l'autre rivaux, ^ Nous ne concevions pas la moitié de nos maux.

SELEUCUS

Une douleur si sage et si respectueuse, ' Ou n'est guère sensible, ou guère impétueuse; Et c'est en de tels maux avoir l'esprit bien fort D'en connoître la cause , et l'imputer au sort. Pour moi, je sens les miens avec plus de foibkssej Plus leur cause m'est chère, et plus l'effet m'en blesse : Non que pour m'en venger j'ose entreprendre rien; Je donnerois encor tout mon sang pour le sien ; Je sais ce que je dois ; mais dans cette contrainte, Si je retiens mon bras, je laisse aller ma plainte;

Et j'estime qu'au point qu'elle nous a blesses^ Qui ne fait que s'en plaindre a du respect asses^ Voyez-vous bien quel est le ministère infâme Qu'ose exiger de nous la haine d'une femme ?

Voyez-vous qu'aspirant à des crimes nouveaux ^ De deux princes ses fils elle fait ses bourreaux ? Si vous pouvez le voir, pouvez-vous vous en taire?

ANTIOCHUS--

Je vois.bien plus encor, je vois qu'elle est ma mère;

Et plus je vois son. crime indigne dé ce rang, *

Plus je lui vois souiller la source de mon sang.

J'en sens de ma douleur croître la violence;

Mais ma confusion m'impose le silence ,

Lorsque da^s ses forfaits sur nos fronts imprimés

Je vois les traits honteux dont nous sommes formes. ^

Je tâche à cet objet d'être aveugle ou stupide;

J'ose me déguiser jusqu'à son parricide ;

Je me cache à moi-même un excès de malheur

Où notre ignominie égale ma douleur;

Et détournant les yeux d'une mère cruelle ,

J'impute tout au sort qui m'a fait naître d'elle.

Je conserve pourtant encore un peu d'espoir : Elle est mère , et le sang a beaucoup de pouvoir; Et le sort l'eût-il faite encor plus inhumaine, Une larme d'un fils peut amollir sa haine. ^

> Ce mot de rang ne convient point à mire : on n'a point le rang de mère comme on a le rang de reine.

a On n'est point formé de trait» , et le» forfaits ne s'impriment point sur le front.

^ n n'est peat-étre pas bien naturel qu'Antiochus dise qu'âne larme

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