‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 185 sur 240 · ACTE II, SCÈNE IV. 32i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV. 32i

/ SÉLEUCUS

Ah ! mon frère, l'amour n'est guère véhément Pour des fils élevés dans un bannissement, Et qu'ayant fait nourrir presque dans l'esclavage Elle n'a rappelés que pour servir sa rage.

De ses pleurs tant vantés -je découvre le fard ; ' Nous avons en son cœur vous et moi peu de part : Elle fait bien sonner ce grand amour de mère ; * Mais elle seule enfin s'aime et se considère ; Et, quoi que nous étale un langage si doux.

Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous. Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine; Nous ayant embrassés, elle nous assassine , En veut au cher objet dont noua sommes épris. Nous demande son sang, niet le trône à ce prix. " Ce n'est plus de sa main qu'il nous le faut attendre; Il est, il est à nous, si nous osons le prendre :

peut changer le cœur de Cléopàtre , après qu'elle lui a proposé de sang-froid le plus grand des crimes; mais ce contraste du caractère^ d'Antiochus avec celui de Séleucus est si beau, qu'on aime cette petite illusion que se fait le cœur vertueux d'Ântiochus.

' Le fard des pleurs est des plu»^ impropres. On peut demander pourquoi on a dit avec succès , le faste des pleurs , pour exprimer l'ostentation d'une douleur étudiée, et que le mot de/àrd n'est pas recevable?- c'est qu'en effet il y a de l'ostentation , du faste, dans l'appareil d'une douleur qu'on étale ; mais ou ne peut mettre réellement du fard sur des larmes : cette fi|[ure n'est pas juste , parce qu'elle n'est pas vraie.

* Cette expression est trop triviale ; de plus , il ne faut pas une grande pénétration pour deviner qu'une femme si criminelle ne travaille que pour elle seule.

Notre révolte ici n'a rien que d'innocent; Il est à l'un de nous^ si l'autre le consent. V Régnons , et son courroux ne sera que foiblesse; C'est l'unique moyen de sauver la princesse : Allons la voir y mon frère, et demeurons unis; C'est l'unique moyen de voir nos maux finis.

Je forme un beau dessein que son amour m'in^ire; Mais il tant qu'avec lui notre union confire : Notre amour , aujourd'hui si digne de pitié ^ Ne sauroit triompher que par notre amitié.

ANTIOCHUS

Cet avertissement marque une défiance Que la mienne pour vous soufire avec patience. Allons, et soyez sur que même le trépas . Ne peut rompre des noeuds que l'amour ne rompt pas.

1 Le consent n'est pas français ; mais ce seul vers suffit pour démontrer combien Clèopâtre a été imprudente avec sea deux enfaus.

FlJf DV SECOlCn ACTE.

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