RODOGUNE, ORONTE, LAONICE
RODOCUNE.
Voila comme Tamour succède à la colère^ Comme elle ne me voit qu'avec des yeux de mère. Comme elle aime la paix ^ comme elle fait un roi , Et comme elle use enfin de ses fils et de moi. ^
* Ce vers est du ton de la comédie/ User de quelqu'un est du style familier, et Cléopâtre n'a point usé de Rodogune. n est triste que Rodogune n'apprenne son danger et le dessein barbare de Cléopâtre que par une confidente qui trahit sa mahresse : n'eût-il pas été plus théâtral et plus touchant de l'apprendre par les deux frères ? tous deux brûlans pour elle , tons deux consternés en sa présence ; Antiochus n'avouant rien par respect pour sa mère ; et Séleucus , qui la ménage moins , dévoilant ce secret terrible avec horreur .' cette situation ne ferait-elle pas une impression plus forte qu'une suivante qui recommande le secret à Rodogune , de peur d*étre perdue ? à quoi Rodogune répond qu'e//e reconnaUra ce aervice en son lieu.
Cet avertissement que donne la suivante à Rodogune , démontre combien Cléopâtre a été imprudente de vouloir charger ses enfans d'un crime qui n'entrera jamais dans le cœur d'aucun homme ; et il y a même beaucoup pli^ que de l'imprudence à proposer à deux jeunes princes qu'on sait être vertueux , de tuer leur maîtresse.
Et tantôt mes soupçons lui faisoient une offense ? Elle n'avoit rien fait qu'en sa juste défense? Lorsque tu la trompois, elle fermoit les yeux? Âh ! que ma défiance en jugeoit beaucoup mieux ! Tu le vois, Laonice.
LAONICS.
Et/ vous voyez , madame.
Quelle fidélité vous conserve mon âme , Et qu'ayant reconnu sa haine, et mon erreur.
Le cœur gros de soupirs et frémissant dTiorreur, Je romps une foi due aux secrets de ma reine , Et vous viens découvrir mon erreur et sa haine.
Cet avis- salutaire est l'unique secours
 qui je crois devoir le reste de mes jours.
Mais ce n'est pas assez de m'avoir avertie ;
Il faut de ces périls m'applanir la sortie ;
Il faut que tes conseils Waident à repousser....
Mais comment Cléopàtre , après avoir vu avec quelle juste horreur SCS eu fans la regardent, a-t-elle pu confier à Laouice qu'elle a fait cette proposition à ses fils'^? quelle fureur a-t-elle de déoonvrir toujours à une confidente qu'elle méprise , tout ce qui peut la rendre esécrable et avilie aux yeux de celte confidente ?
* Elle n*a pas en besoin de confier cette proposition à Laonice. Voltaire oublie que non seulement Laonice était présente à la scène de Cléopâtre et de ses denx fils , mais que Cléopàtre elleHtnéme Ta engagée à demenrer« et à écouter ce qu'elle allait leur dire : I
Mais Toici mes deux fils que j^ai mandés exprès.
Écoute , et tu Terras quel est cet hyménée l
Où se doit terminer cette lilustre journée. P. i