SCÈNE IIL
Quoi ! je pourrais descendre à ce lâche artifice D'aller de mes amants mendier le service^ ^ Et y sous l'indigne appât d'un coup d'ceil afietë , J'iroîs jusqu'en leurs coeurs chercher ma sùrçté! * Celles de ma naissance ont horreur des bassesses; Leur sang tout généreux hait ces molles adresses. ' Quel que soit le secours qu'ils me puissent offrir. Je croirai faire assez de le daigner souffrir : ^
> Voici Rodogune qui oublie , dans le commencement de ce monologue, et son danger et son amour : elle prend la hauteur de ces princesses de roman qui ne veulent rien devoir à leurs amans ; celles de aa naissance ont ,' dit-elle , horreur des bassesses ; et cette scnipalense et modeste princesse qui a dit qa'i7 esi des nœuds secreiSf qn^il esl des sympathies , dont par le doux rapport les âmes assorties , etc. , et qui craint de s'avouer à elle-même la sympathie qu'elle a pour Antiochus; cette fille si timide va (la scène d'après) proposer à ses deux amans d'assassiner leur mère , et elle dit ici qu'elle ne veut pas mendier leur service ! Quoi .' elle craint de leur avoir la moindre obligation , et elle va leur demander le sang de Cléopâtre î C'est au lecteur à se rendre compte de l'impression que ces contrastes font sur lui.
* Je ne sais si cette figure est bien juste ; chercher sa sûreté sous Tappât d'un coup d'œil affilé.
3 Mais si celles de sa naissance ont le sang tout généreus , comment celte générosité s'accorde-t-elle avec le parricide ?
4 On ne doit jamais montrer de la fierté , que quand on nous propose quelque chose d'indigne de nous; dans, tout antre cas, la
33o X RODOGUNE.
Je, verrai leur amour^ j éprouverai sa force^ Sans flatter leurs désirs , sans leur jeter d'amorce; Et^ s'il est assez fort pour me servir d'appui^ Je le ferai régner ^ mais en régnant sur lui.
Sentiments étouffés de colère et de haine, Rallumez vos flambeaux à celles de la reine, ' Et d'un oubli contraint rompez la |dure loi , Pour rendre enfin justice aux mibes d'un grand roi; Rapportez à mes yeux son image sanglante, D'amour et de fureur encore étincelante, * Telle que je le vis, quand tout percé de coups Il me cria : « Vengeance I Adieu; je meurs pour vous I » Chère ombre, hélas! bien loin de l'avoir poursuivie, J'alloîs baiser la main qui t'arracha la vie. Rendre un respect de fille à qui versa ton sang; Mais pardonne aux devoirs que m'impose mon rang : Plus la haute naissance approdie des couronnes ,
fierté est méprisable. Cette fierté de Rodognne ne parait point placée : elle éprouvera la force de lenr amour sans flatter leurs désirs , sans leur jeter d'amorce ; et si cet amour est assez fort pour loi servir d'appui , elle fera régner cet amour en i-égnant sur lui. Et c'est pour débiter ce galimatias, que Rodogune fait un monologue de soixante vers.
■ Des sentimens qui rallument des flambeaux à la baine de la reine , et qui rompent ia loi dure d'un oubli conirainl pour rendre justice , ce sont des paroles qui ne forment point un sens net; c'est un style aussi obscur qu'emphatique ; et on doit d'autant plus le remarquer, que plus d'un auteur a imité ces fautes.
* On dirait bien , Je croie ie voir encore étincelant de courroux ; mais ce n'est pas l'image qui est encore animée ; de plus y on n'étincelle point d'amour.