‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 192 sur 240 · ACTE III, SCÈNE lîl. 33i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE lîl. 33i

Plus cette grandeur n^éme asservit nos personnes ; ' Nous nWons point dé cœur pour aimer ni haïr; * Toutes nos passions ne savent qu'obéir.

Après avoir armé pour venger cet outrage.

D'une paix mal conçue on m'a faite le gage ; Et moi, fermant les yeux sur te noir attentat. Je suivois mon destin en victime d'état :

Mais aujourd'hui qu'on voit cette main parricide , Des restes de ta vie insolemment avide.

Vouloir encor percer ce sein infortuné, Pour y chercher le cœur que tu m'avois donné, De la paix qu'elle rompt je ne suis plus le gage ; Je brise avec honneur mon iUustre esclavage ; J'ose reprendre un cœur pour aimer et haïr, Et ce n'est plus qu'à toi que je veux obéir.

Le consentiras-tu cet effort sur ma flamme , * Toi , son vivant portrait, que j'adore dans l'âme , Cher prince, dont je n'ose en mes plus doux souhaits Fier encor le nom aux murs de ce palais?

Je sais quelles seront tes douleurs et tes craintes ;

* Ces réflexions sqr la haute naÎMonce qui approche des couronn^a et quiaaaervU les personneê , sont de ces lieux communs qui étaient pardonnables autrefois.

*Ici, elle n'a point de cœur pour aimer ni haïr; et, dans le même monologue , elle reprend un cœur pour aimer et haïr : ces antithèses , ces jeux de vers ne sont plus permis.

3 Consenlir â .. et non consentir le : ce verbe gouverne toujours le datif, exprimé chez nous par la préposition à. Il est vrai qu*au barreau on viole cette règle; mais le stjle du barreau est celui des barbarismes.

333 RODÔGUNE.

Je vois déjà tes maux^ j'entends déjà tes plaintes : Mais pardonne aux devoirs qu'exigé enfin un roi A qui tu dois le jour qu'il a perdu pour moi. J'aurai mêmes Couleurs ^ j'aurai inémes alarmes ; S'il t'en coûte un soupir^ j'en verserai des larmes. *

Mais^ dieux ! que je fne trouble en les voyant tous deux ! Amour , qui me confonds^ cache du moins tes feux ; * Et f content de mon cœur dont je te fais le maître , Dans mes regards surpris garde-toi de paroître.

■ Que veut dire cela? veut-elle parler de Tordre qu'elle va donner à, ses deux amans de tuer leur mère ? est-ce là le cas d'un soapir? ne faut-il pas avouer que presque tous les sentimens de ce monologue ne sont ni assez vrais ni assez toucbans ?

* Enfin dette même Rodogune , qui songe à faire assassiner une mère par sea propres fils , fait une invocation à l'amour , et le prie de ne pas paraître dans, ses yeux : voila une singulière timidité pour une fille qui n'est plus jeune '*', qui a voulu épouser le père, qui est amoureuse du fils , et qui veut faire assassiner la mère ! La force de la situation a fait apparemment passer tons ceti défauts, qui aujourd'hui seraient relevés sévèrement dans une pièce nouvelle.

* Tout est altéré dans la manière dont Voltaire présente ici les objets. Il n*est pas vrai que Rodogune ne soit plus jeune. Ce n*est pas elle qui a Voulu épouser Nicanor ; elle lui avait été promise peut-être sans la consulter, et, comme on dispose.vde la main des jeunes princesses sans leur aveu , par des convenances purement politiques. La proposition qu'elle va faire aux deux princes , d'assassiner leur mère , n'est pas sérieuse ; elle sait trop que ni l'un ni l'antre n'en serait oapablei et cUe-mème l'avouera dans | une autre scène. P.

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