‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 194 sur 240 · ACTE Ht, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE Ht, SCÈNE IV

Demeurera du moins votre premier sujet ; Son amour immortel saura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ailleurs un empire ; II y mettra sa gloire j et, dans un tel malheur. L'heur de vous obéir flattera sa douleur.

Princes, je dois beaucoup à cette déférence

De votre ambition et de votre espérance ;

Et j'en recevrois l'offre avec quelque plaisir,

Si celles de mon rang avoient droit de choisir. *

Comme sans leur avis les rois disposent d elles ,

Pour affermir leur trône, ou finir ïeurs querelles,.

Le destin des états est arbitre du leur,

Et l'ordre des traités règle tout dans leur cœur. *

C'est lui que suit le mien , et non pas la couronne : *

J'aimerai l'un de vous, parce qu'il me l'ordonne;

femme est bien Tobjet de l*ftn!oar de quelqu'un , et, «n style dt nielle, cela s^appelait aatrefoû lob/H aimé! mais une femme n'est point son propre objet.

' Cette expression , celUa de mon rang , est souvent employée : non seulement elle n'est pas heureuse , mais ce n*est pas de ranj^ qu'il s^agit ; elle parle du traité qui l'oblige d'épouser l'ainé des deux frères. Ces mots , ceiies de mon rang , semblent être un terme d( fierté qui n'est pas ici convenable.

« n n'y a d'ordre des traités que par les dates; il fallait, /a hi des traitée , à moins qu'on n'entende par ordre cette loi même ; mais le mot d'ordre est impropre dans ce sens.

^ Un cœur qui suit une couronne , tour impropre et forcé : cette faute est répétée deux fois.

Du secret réfélé j'en prendrai le pouvoir, '

Et mon amour pour naître attendra mon d^oir. '

fTattendez rien de plus, ou votre attente est vaine.

Le choix que vous m'offrez appartient à la reine ;

J'entreprendrois sur eUe à l'accepter de vous. '

Peut-être on vous a tu jusqu'où va son courroux ;

Mais je dois par épreuve assez bien le connoître

Pour fuir l'occasion de le faire renaître.

Que n'en ai-je souffert, et que n'a-t-elle osé !

Je veux croire avec vous que tout est apaisé ;

Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime

Cette haine mourante à quelque nouveau crime : *

Pardonnez-moi ce mot qui viole un oubli

Que la paix entre nous doit avoir établi. ^

Le feti qui semble éteint souvent dort sous la cendre ^

* Je prendrai du aecret révélé le pouvoir de voua aimer ; cela n'est

pas français : fen prendrai est obscur.

> Un amour peut bien attendre le devoir pour se manifester , mais non pas pour naître ; car, s'il n^est pas né , comment peu^-il attendre? n eût fallu peut- être , et pour oser tUàier f attendrai mon devoir y ou bien, et j'attendrai pour aimer l^ ordre de mon devoir.

Voilà donc Rodogune qui déclare qu'elle se donnera à l'acné , et qu'elle l'aimera ; comment pourra-t-elle après déclarer qu'elle ne se donnera qu'à l'âte^ssin de Cléopâtre , quand elle a promis d'obéir à Cléopâtre ?

3 On entreprend sur des droits , et non sur une personne. Entreprendre sur quelqi/un à accepter' un choix , cela n'est pas français.

4 Ranime ne peut gouverner le da^if ; c'est un soléciame.

5 On ne viole point un oubli , on ne l'établit pas davantage ; l'oubli ne peut être personnifié.

Page 1