ACTE III, SCÈNE IV. 34t
Eh bien donc! il est temps de me faire connoitre. J'obéis à mon roi ! puisqu'mi de vous doit lefre; *' Mais quand j'aurai parlé , si vous vous en plaignez , J'atteste tous les dieux que vous m'y contraignez , Et que c'est malgré moi qu'a moi-même rendue J'écoute une chaleur qui m'étoit défendue , * Qu'un devoir rappelé me rend un souvenir Que la foi des traités ne doit plus retenir.
Tremblez^ princes, tremhlez au nom de votre père; Il est mort, et pour moi, par les mains d'une mère : Je l'avois oublié , sujette à d'autres lois; ^ Mais libre , je lui rends enfin ce que je dois. C'est à vous de choisir mon amour, ou ma haine. J'aime les fils du roi , je hais ceux de la reine : ^
1 N*e8t-îl pas étrange que Rodogune prenne le prétexte d'obéir a «on roi pour demander la tête de la mère de ce roi ? comment pentelle attester tous les dieux qu-elle est contrainte parles deux enfans à leur faire cette proposition? Ces subtilités sont-elles naturelles? ne Toit-on pas qu'elles ne sont employées que pour pallier une horreur qu'elles ne pallient point?
A Une chaleur défendue, un devoir qui rend un souvenir, un «ou* venir que les traités ne peuvent retenir » font un amas de termes impropres , et une construction trop vicieuse.
^ On sent bien qu'elle veut dire , je ne f avais pas vengé ; mais le mot ^oublier , quand il est seul , signifie perdre la mémoire , excepté dans les cas swïyKnsi je veux bien F oublier, vous devez l'oublier , il faut oublier leê injures , etc. : on n'est point sujette à des lois ; cela n'est pas français : et de quelles lois veut-elle parler?
4 Cette antithèse est-elle bien naturelle? une situation terrible permet-elle ces jeux d'esprit? comment peut-on en effet haïr et aimei' les mêmes pei-sonnes? Et ce n'est point ainsi que parle la nature.
343 RODOGDNE.
Réglez^yons là-dessus ; et, sans pins me presser ,
Voyez auquel des deux vous vooles renoncer.
Il £iut ppendre pard ; mon dioix suivra le vôtre :
Je respecte autant Tun que je déteste l'autre.
Mais ce que faune en vous du sang de ce grand r^i^
S'il n'est digne de lui^ n'est pas digne de moi.
Ce sang que vous portez , ce trtoe qu'il vous laisse » ^
Valent bien que pour lui votre cœur s'intéresse.
Votre gloire le veut ^ l'amour vous le prescrit.
Qui peut contre elle et lui soulever votre esprit? *
Si vous leur préférez une mère cruelle^
Soyez cruels , ingrats , parricides comme elle :
Vous devez la punir, si vous la condamnez;
Vous devez l'imiter, si vous la soutenez. *
Quoi ! cette ardeur s'éteint ! l'un et l'autre soupire !
J'avois su le prévoir, j'avois su le prédire.... *
> On ne porte point nn sang : il était aisé de dire , ce sang qui coule en vouê , on le eang dont voue eortei,
a Le sens est louche ; contre elle signifie contre votre gloire ; et lui signifie votre amour : c'est là le sens ; mais il faut le chercher : la clarté est la première loi de Tart d'écrire ; et puis comment l'esprit de CCS princes pent-il être soulevé contre leur gloire? est-ce parce qu'ils s'effraient d'un parricide?
^ Rien de tout cela ne parait vrai ; un fils n'est point du tottt obligé de punir sa mère, quoiqu'il condamne ses crimes; il doit encore moins l'imiter, quoiqu'il lui pardonne. Faut-il on raisonnement faux pour persuader une action détestable? Que veu^dire en effet, voua deve;i VinUter, si voua la soutenez? Cléopâtre a tué son mari, ses enfans doivent-ils tuer leurs femmes?
^ Si elle a su le prévoir , comment s'expose-t-elle à tonte rhorreur qu'elle méiile qu'on ait pour elle?