‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 200 sur 240 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

ANtlOCHUS.

La révolte, mon frère, est bien précipitée ' Quand la loi quelle rompt peuté^ rétractée} * Et c'est à nos désirs trop de témérité ^ De vouloir de tels biens avec facilité :

Le ciel par les travaux veut qu'on monté à la gloire; Pour gagner un triomphe il faut une victoire. * Mais que je tache en vain de flatter nos tourments ! Nos malheurs sont plus forts que ces déguisements, ^ Leur excès à mes yeux parott un noir abîme ^ Où la haine s'apprête à couronner le crime ,

1 La, révolte t trois fois répétée, rebute trois fois dans une telle circonstance; on voit que cette idée de traiter de souveraine et de divinité une maîtresse qui exige un parricide , est indigne non-seulenient d'un héros , mais de tout honnête homme.

Non-seulement cet amour ^roosanesque est froid et ridicule, mais cette dissertation sur le respect et Tobéissance qu*on doit à Fobjet aimé , quand cet objet aimé ordonne de sang-froid un parricide , est peut-être ce qu'il y a de plus mauvais au théâtre , aux yeux des connaisseurs.

A On ne rompt point une loi , on ne la rétracte pas ; révoquer est le mot propre : on rétracte une opinion.

3 Que veut dire ce trop de témérité à «es.désirs , de vouloir de ieh biens? de quels biens a-t-on parlé? de quelle gloire s'agit-il? que prétend-il par ces sentences? Si Rodogune a fait ce qu'elle ne devait pus faire , Antiochus dit ce qu'il ne devrait pas dire.

4 On gagne une victoire , et non un triomphe.

^ Un déguisement n'est point fort :■ il faut toujours , ou le mot propre , ou une métaphore juste. Antiochus veut dire qu'il ne peut se dissimuler ses malheurs.

6 Un abîme noir oà la haine a'apprêie ! et une gloire sans nom / on dit bien un nom sans gloire ; mais gloire sans nom n'a pas de sens.

Où la gloire est sans nom , la .vertu sans honneur;

Où sans un parricide il n'eSt point de bonheur j

£t^ voyant de ces maux l'épouvantable image ^

Je me sens^afibiblir quand je vous encourage ;

Je frémis , je chancelle ; et mon coBur abattu

Suit tantôt sa douleur , et tantôt sa vertu.

Mon frère , pardonnez à des discours* sans suite ,

Qui font trop voir le trouble où moù âme est réduite.

SELEUGUS.

J'en ferois comme vous , si mou esprit troublé *

Ne secouoit le joug dont il est accablé.

Dans mon ambition, dans l'ardeur de ma flamme.

Je vois ce qu'est un trône , et ce qu'est une femme ; *

Et , jugeant par leur prix de leur possession ,

J'éteins ^nfin ma flamme, et mon ambition;

Et je vous céderois l'un et l'atilre avec joie.

Si, dans la liberté que le ciel me renvoie,

La crainte de vous faire un funeste présebt

Ne me jetoit dans Fâme un remords trop cuisant.

Dérobons-nous ,' mon frère , à ces âmes cruelles ,

Et laissons-les sans nous achever leurs querelles.

* Ten ferois comme vous , n'est pas français ; ei Je ferais comme vous est du style de la comédie.

^ Il voit bien ce qu'est Rodogane; mais il n'y a jamais eu que cette femme au monde qui ait dit , tuez voire mère , ai voua voulez que je i>ou8 épouse* Le trône n'a rien de commun avec la monstrueuse idée de la douce Rodogune. Ce qu'il y a de pis , c'est que tous les raisoa«nemens d'Antiochus et de Séleucus ne produisent rien : ils dissertent ; les deux frères ne prennent aucune résolution ; et le malheur de leur personnage jusqu'ici est de ne rien &ire , et d'attendre ce qu'on fera d'eux.

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