ACTE IV, SfcÈNE I
AWTIOCHUS.
Apaisez ce courage irrité , Princesse ; aucun de nous lie seroit téméraire Jusqu'à s'imaginer qu'il eût l'heur de vous plaire : Je vois votre mérite et le peu que je vaux, Et ce rival si cher conûoit mieux ses défauts. ' Mais si timtot ce cœur parloit pat- votre bouche , Il veut que nous croyons qu'un peu d'amour le touche, Et qu'il daigne écouter quelques-uns de nos vœux , Puisqu'il tient à bonheur d'être à l'un de nous deux. Si c'est présomption de croire ce miracle, C'est une impiété de douter de Foracle , Et mériter les mauiK où vous nous condamnez,
et contradictoire d'one fille modeste et parricide , et lui dit que per-* sonne n'est assez téméraire jusqu'à s'imaginer qu'il eût l'heur de lui plaire { que c* est présomption de croire ce miracle s qu'elle est un oracle; qu'il ne faut pas éteindre un bel espoir. Peut-un souffrir, aprài ces vers, que' Rodogane , qui mériterait d'être enfermée tout» sa vie pour avoir proposé un pareil assassinat , trouve trop de vanité dans l'espoir trt^ prompt des termes obligeants de sa civilité? ces propos de comédie sont-il^ soptçnables ? faut dire la vérilé conragensentent; il fa^t admirer, encore une foi^i les grandes beautés répandues dans Cinna , dans les Horacess dans le Cid, dans Pompée , dans Poiyeuçie; mais, si on veut être util« au public, il iaut faire sentir des défauts dont rimitation rendrait la scène française trop vicieuse.
Remarquez encore que cette conjonction parce que ne doit jamais entrer dans un vers noble ; elle est dure et sourde a l'oreille.
> £st-ce à/Antiochus à parler des défauts de son frère? comment peut-on dire à une telle femme que les deux frères connaissent trop bien leurs délattt%)poar oser croire qu'elle puisse aimer l'un des denx?
Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez.
Princesse, au nom des dieux, aunonidecetteflanime,...
KODOCVNE.
Un mot ne fait pas voir )us<{ues au fond d'une âme ;
Et votre espoir trop prompt prend trop de yanité
Des termes obligeants dé. ma civilité.
Je l'ai dit, il est vrai ; mais, quoi qu'il en puisse être.
Méritez cçt amour que vous voulez connc^tre.
Lorsque j'ai soupiré , ce n'étoit pas pour vous j *
J'ai donné ces soupiris aux mânes d'un ^poux; ^
Et ce sont les efifets du souTOair fidèle
Que sa mort à tout» heure en mon âme rappelle.
Princes, soyez ses fils , et preaoez son parti.
ANTIOCHUS
Recevez donc son cœur en nous deux reparti ; '
1 Ce vers paraît trop comique , et acheTe, de réyo^ter Iç lecteur judicieux qui doit attendre ce qu.e devi^çjçi.4i^a. l^propug^tioa d'un assassinat horrible.
* Voici qui est bien pi<. QutiSrî elle prétend abolir élê réponse du père d'Aotiochus ! ell« ne se cbïiteiiCe pas d'être parricide , elle se dit incestacnse! En e£fet, dans les premiers aèves', dd ne sait" si elle a consommé om non le mariage avec le père de ses am^ns *, II faudrait an moins que de tel)eB horreorti fnssén^t Un peu eachêes^sous la beauté de la diction»
^ Il semble , par ce discours d'Antiochus , qu'en effet Rodogune
* On sait très bien , et il est expliqué très clairement daiis les premiers actes , que jamais Rodognne n*a épousé Nicanor. Elle était , comme non» Favons dit, promise à ce prince, et c^estdans ce sens quVtle peut le nommer son époux ; mais il n'exista peiïkt'de mariage. Rodo^ne , èù bn mot j n» fat jamais > à Tégard de Nicanor , que toe que M ottime - cro^t être à regard de Mithridate, «veirtv sans avoir eu ttépoux, P,