ACTE IV, SCÈNE I
AfiTTIOCHUS.
Oui , je le prends , madame ; * Et j'apporte à vos pieds le plus pur de son sang Que la nature enferme en ce malheureux flanc. Satisfaites vous-même à cette voix secrète Dont la vôtre envers nous daigne être Finterprète : Exécutez son ordre ; et hâtez-vous sur moi De punir une reine , et de venger un roi :
Mais quitte par ma mort d'un devoir si sévère , Écouteas-en un autre en faveur de mon frère* De deux princes unis à soupirer pour vous • Prenez l'un pour victime , et l'autre pour épbux; Punissez un des fils des criniës de la mère , ^ Mais payez l'autre aussi des services du père j Et laissez un exemple à la postérité Et de rigueur entière , et d'entière équité.
Quoi ! n'écouterez-vous ni l'amour ni la haine ?
* QueUe froideur dans de tels éclaircissemens , et quelles étranges exprettions! f^o«M Je prenest ? Oui , Je ie prends. Je ne parle pas ici du sens ridîcnle que les jeunes gens attribuent à ces paroles , je parle de la bassesse des mots.
* n fallait an moins, uma en soupirant ; car on ne peut dife, unis à soupirer,
3 Peut-on sérieusement dire à Rodogune , Tuez tun de nous deux, et épousez i'autre , et se complaire dans cette pensée aussi froide que barbare, et la retourner en deux ou trois façons?
Corneille fait dire i Sabine ^ dans les Horaces, Que Vun de vous 7ne tue, et que Vautre mê venge : il répète ici celte pensée; mais il *la délaye , il la rend insipide : tous ces froids efforts de Tespric ne sont que des amplifications de rbéteur. Ce n'est pas là Virgile , ce n'est pas là Racine.
358 RODOGtINE,
Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni peine ?
Ce oœur qui vous adore , et que vous dédaignez....
KODbGUTCE.
Hélas^ prince! *
ANTIOCHUS
Est-ce encor le roi que vous plaignez?* Ce soupir ne va-t-il que vers l'ombre d'un père ?
AonaouNE.
Allez y ou pour le moins rappelez nfotre frère : Le combat pour mou âme éioit mditis dangèrcftlx Lorsque je vous ^vois à combattre toùa d^nx : Vous êtes plus fort seul ^e tous n'éticf* éiliemble ; Je vous bravois tantôt^ et maintenant je tremble, l'aime ; n'abqsez pas, prince , de mon secret : Au milieu de ma haine il m'échappe à regret ; Mais enfin il m'échappe, et cette retenue Ne peut plus soutenir l'effort de votre vue. ' Oui, j'aime un de vous deu]^ma)gré ce grand courroui,
1 Enfin Rodogane passe tout d'an coup de ràssassinat à la tendresse. La petite finesse du soupir qui va vers l'ombre d'an père , et Kodogune qui tremble d'aimer, forment ici une pastorale. Quel contraste! est-ce là du tragique? La proposition d'assassiner une mère est d'une furie ; et cet hélas et ce soupir sont d'une bergère. Tout cela n'est que trop vrtd; et, encore une fois, il faut le dire et le redire.
' Cela serait b^sdans la boubhe d'un berger galtnt. Ce mélange de tendresse nairre et d'atroôités aA'reuses n'est pas sfupportable.
3 Ce soupir écbappe donc ; et la retenue de cette parricide ne peut