‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 208 sur 240 · ACTE IV, SCÈNE I. SSg · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. SSg

Et ce dernier soupir dit assez que c'est vous*

Un rigoureux devoir à cet amour s'oppose :

Ne m'en accusez point , vous en êtes la cause ; Vous l'avez fait renaître en me pk-essattt d'un choix ' Qiii rompt de vos traités les favorables lois. D'un père mort pour moi voyez le sort étrange : • Si vous me laissez libre , il faut que je le venge ; ' Et mes feux dans mon âme ont beau s'en mutiner, ^ Ce n'est qu'à ce prix seul que je puis me donner :

plo8 se toQtenir à la vue de celui qui doit être son mari ; et cependant elle lui tient encore de longs discours , malgré l'effort de sa vue.

Remarquez qu'une fettime qui dit deux fois mon soupirm' échappe, est une femme à qui rien n'écliàppe , et qui met un art grossier dans sa conduite. Racine n'a jamais de ces mauvaises finesses. JSe peut plus soutenir V effort de votre vue ; quelle expression ! jamais le mot propre. Ce n'est piis là le vultus Aîmiàm lubricus aspici d'Horace.

1 Cela n'est pas français : on ne presse point d'une chose.

* Le sort étrange est iâible ; éifunge n'est là qu'une mauvaise épitbéte pour rimer à venge.

3 Pourquoi? elle a donc été sa femme '^T mais si elle ne Ta point été y elle n'est point du tout obligée de venger Nicanor; elle n'est obligée qu'à remplir les conditions de la paix qui interdisent toute vengeance : ainsi elle raisonne fort mal.

4 Des feux qui se mutinent ! cela est impropre; et s'en mutinent est encore plus mauvais ; on ne se mutine point de; mutiner est un verbe qui n'a point de régime. Cette scène est un entassement de barbarismes et de solécismes, autant que de pensées fausses. Ce sont

* Elle n a point été sa femme ; mais elle pourrait se croire obligée de venger un prince dont elle était aimée , et à qui elle avait été promise, p.

36o RODOGUNE.

Mais ce n'est pas de tous qu'il faut que je Tattende ^ '

Votre refus est juste autant que ma demande.

A force de respect votre amour s'est trahi.

Je Youdrois vous haïr s'il m'avoit obéi ;

Et je n'estime pas l'honneur d une vengeance

Jusqu^à vouloir d'un crime être la récompense. *

Rentrons donc sous les lois que m'impose la paix^

ces défauts , applaudis par quelques ignorans entêtés , que Boileau avait en vue, quand il disait, dans son j^ri poétique .*

Mon esprit n*adinet point un pompeax barbarisme , Ni d'un yers ampoalé Torgaeilleax solécisme.

1 Pourquoi Ta-t-elle donc demandé? Toutes ces contradictions sont la suite de cette propoàition révoltante qu'elle a faite d'assassiner sa belle-mére ; une faute en attire cent atiti*es.

* Y a-t-il de l'honneur dans cette vengeance? Elle change à présent d^avis*^; elle ne voudrait plus d'Antiochns, s'il avait tué sa mère : ce n'est pas là assurément le caractère qu'exigent Horace et Boileau :

Qa*en tout avec soi-même il se montre d*accord ; Et qu'il soit jusqu'au bout tel qu'on ra vu d'abord.

* Elle ne change ni d'avis ni de csractère ; elle prouve seulement que jamais elle n'avait en l'intention de faire sériensement aux deux princes une proposition dont elle savait bien que l'un et l'autre seraimt infailliblement révoltés. Voilà du moins ce que, dsns l'examen de sa pièce, Corneille oppose aux objections qu'on loi fit de son temps , et qne Toitaire n'a fait que renouveler. Quant à nous , il nous semble qne le grand succès de cette tragédie , principalement dans sa nouveauté , est une preuve très forte qne le public ne se méprit jamais snr la^véritable intention de Corneille^ Il n'imagina point , puisqu'il n'en fat pas révolté , que la proposition de Rodogane pût être sérieuse. Mais quand il vit , an dénoàroent , tontes les beautés que Corneille avait su tirer d'une invention qui peut n'être pas exempte de reproche , mais qui Ini fournit le plos beau cinquième acte qu'il y ait peut-être sur aucun théâtre , alors il ne sut plus qu'admirer. P.

Page 1