CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, LAONICE
CLéOPATR£.
Eh bien ! Antiochus , vous dois-je la couronne ? *
Madame , vous savez si le ciel me la donné.
CLÉOPATRE
Vous savez mieux que tnoi si vous la méritez.
AIJÎTïOCHUS.
Je sais que je péris si vous ne m'écoutez.
CLÉOPATRE
Un peu trop lent peut-être à servir ma colère, Vous vous êtes laissé prévenir par un frère : 11 a su me venger quand vous délibériez , * Et je dois à son bras ce que vous espériez. *
1 Je ne sais si je me trompe , mais cette scène ne me parait pas pins naturelle , ni mieux faite que les précédentes. Il me semble que Cléopâtre , après avoir dit à ses deux fils qu'elle couronnera celui qui aura assassiné sa maitresse , ne doit point parler familièrement à Antiochua. ^
* Cest-à-^ire vonlex-^rous tuer Rodogune? cela ne peut s'entendre autrement; cela jnéme signifie avez-^ous tué Rddogune? car elle n'a promis la couronne qa'à Tassassin.
3 Ou ne peut imaginer que Cléopâtre veuille dire ici autre chose , sinon , Séieucus vient de tuer âa mattresse et la vôtre, A ce uiot seul » Antiochus ne doit-il pas entrer en fureur?
4 Ce vers confirme encore la mort de Rf>dogtrne ; il n'eu est rien »
Je vous en plains, mon fils, ce malheur ^t extrême l
C'est périr en effet que perdre un diadème.
Je n'y sais qu'un remède , encore est-il âcheux ,
Étonnant , incertain , et triste pour tous deva ;
Je périrai moi-même avant que de le dire : *
Mais enfin on perd tout quand on perd un empire.
ANTIOCHUS
Le remède à nos maux est tout en votre main , * Et n'a rien de fâcheux, d'étonnant, d'incertain; Votre seule colère a fiiit notre infortune.
Nous perdons tout, madame, en perdant Rodogune : Nous l'adorons tous deux; jugez en quels tourments
& la vérité , maîa Cléopâtre le dit positivement. Comment Antiocin» n'est-il pas saisi du plus affreux désespoir à cette nouvelle éponvan* table ? comment peut-il raisonner de sang-froid avec sa mère , comme si elle ne lui avait rien dit? Rien de tout cela n'est vraisemblable; il ne Vest pas que Cléopâtre veuille faire accroire que Rodogune est moite; il ne Test pas qu'Antiocbus soutienne cette conversation : s'il croit Cléopâtre, il doit être furieux; s'il ne la croit pas, il doit lui dire y Osezr-vous bien imputer ce crirne à mon frère?
> On n'entend pas mieux ce que c'est que ce secret. Ces deux conplel^ paraissent reipplis d'obscurités.
* Comment ce remède aux maux est-il dans la main de Cléopâtre? entend-il qu'en nommant l'alné, elle finira tout? mais il dit, Noué perdons içui en perdof^i Rodogune. W n'y anra donc point de reinéde aux maux de celui qui via perdra. Peut-il répondre que le cœur de Cléopâtre est aveuglé d'un peu d'inimitié? que si ce cœur ignore les maux des deux frères , elle ne peut en prendre pitié , et qu'au point où il les voit, c'en est le seul remède? Quel discours! quel langage? et dans une telle occasion , il parle avec la plus grande soumission ; et Cléopâtre lui répond , Quelle fureur voua possède ? En vérité, ces discours sont-ils dans la nature ?